« L'expression la plus simple du nationalisme est la défense de la Terre et du Sang.
Quel homme digne de ce nom ne défendrait pas sa famille ni son habitat ?
Alors le nationalisme étend cette vision de la famille à son peuple et celui de son habitat à sa nation ! »
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dimanche 9 novembre 2014

Réflexions sur divers mythes de sacrifice divin


L’une des actions les plus curieuses du dieu nordique Odin est l’épisode d’auto-pendaison décrit dans les strophes 139-142 du Havamal, dans l’Edda poétique. Odin est le « Père de Tout » dans le panthéon des Ases, et certains indicateurs puissants de sa souveraineté (connaissance magique et connaissance des runes) furent gagnés par cet acte d’autosacrifice.

Etant donné la position d’Odin comme dieu majeur et la nature particulièrement spectaculaire de son sacrifice, il n’est pas surprenant que des comparaisons soient souvent faites entre cet épisode mythologique et celui de la crucifixion de Jésus Christ au Golgotha .
Jésus fonctionne essentiellement comme un « dieu suprême » dans l’iconographie chrétienne, car il est le point focal du Nouveau Testament et l’intermédiaire avec le monde des hommes, alors que le « Dieu Père » techniquement plus puissant est devenu une figure plus vague par rapport à son ancienne prédominance dans l’Ancien Testament.

Ainsi, l’une des plus importantes tâches des premiers missionnaires chrétiens dans les territoires germaniques de l’Europe fut de convaincre les peuples païens qu’ils devaient accepter le Christ comme leur Sauveur, le mettre à la place d’Odin, et abandonner ce dernier avec le reste de ses homologues divins. Il est certainement possible que ce processus puisse avoir été quelque peu facilité par les similarités superficielles entre l’acte d’auto-pendaison d’Odin et le motif de la crucifixion du Christ . Comme l’a remarqué Kevin Crossley-Holland :

« Les parallèles entre la mort d’Odin et la crucifixion du Christ sont frappants : tous deux meurent volontairement ; Odin est percé d’une lance et le Christ aussi ; Odin fait allusion à l’absence d’une boisson revivifiante et le Christ se voir offrir du vinaigre ; Odin hurle ou crie avant de mourir, et le Christ crie ‘d’une voix forte’. » 

Etant donné ces similarités, il n’est pas surprenant que pendant des années les spécialistes se soient souvent demandé si cela pouvait indiquer une influence chrétienne – ou même une source chrétienne partielle – pour l’épisode du Havamal, comme cela pourrait aussi être le cas pour certains autres passages de l’Edda poétique. Ce qui est beaucoup moins fréquemment discuté, c’est la nature de ces actes ou rituels ou actions sacrificiels en eux-mêmes, et les implications résultantes pour ceux qui aligneraient leur attitude spirituelle sur l’une ou l’autre de ces déités.

Examinés depuis cette perspective, les détails entourant les « morts » sacrificielles d’Odin et du Christ peuvent être considérés à de nombreux égards comme presque diamétralement opposés. Et si l’on examine attentivement les raisons d’être de ces deux sacrifices religieux, il devient également évident que sur un plan métaphysique ils ont très peu en commun.

Le sacrifice comme rituel

Dans le cas de la pendaison d’Odin sur l’arbre du monde Yggdrasil, le fait que le récit soit fait à la première personne est de première importance. Le récit commence ainsi :

Je sais que je pendis 
A l’arbre battu des vents
Neuf nuits pleines,
Navré d’une lance
Et donné à Odin,
Moi-même à moi-même donné,
A cet arbre
Dont nul ne sait
D’où proviennent les racines.
Point de pain ne me remirent
Ni de corne ;
Je regardai en dessous,
Je ramassai les runes,
Hurlant, je les ramassai,
De là, retombai.

Il est immédiatement évident que la pendaison d’Odin est volontaire, faite « par lui-même, pour lui-même ».

Si cela apparaît incontestablement comme une chose déplaisante pour l’individu moyen, il faut reconnaître que ce n’est pas un simple acte de masochisme. Une telle action a de nombreux précédents dans diverses cultures autour du monde, et peut être vue comme un rite chamanique ou initiatique – mais en tous cas, un rite qui accomplit une fonction importante.
D’autres aspects de la persona d’Odin confirment une telle tendance, comme le note Mircea Eliade dans son Histoire des idées religieuses :

« Nous avons certainement ici un rite initiatique de structure para-chamanique. Odin reste pendu à l’arbre cosmique ; Yggdrasil signifie ‘le cheval (drasil) d’Ygg’, l’un des noms d’Odin. La potence est appelée le ‘cheval’ du pendu, et nous savons que les victimes sacrifiées à Odin étaient pendues à des arbres. En se blessant lui-même avec sa lance, en s’abstenant d’eau et de nourriture, le dieu subit une mort rituelle et acquiert une sagesse secrète de type initiatique. L’aspect chamanique d’Odin est confirmé par son cheval à huit pattes, Sleipnir, et par les deux corbeaux qui lui disent tout ce qui se passe dans le monde. Comme les chamans, Odin peut changer de forme et envoie son esprit au loin sous forme d’un animal ; il cherche la connaissance secrète parmi les morts et l’obtient ; il déclare dans le Havamal (strophe 158) qu’il connaît un charme qui peut faire descendre un pendu de la potence et parler avec lui ; il est instruit dans l’art du seidr, une technique occulte de type chamanique. » 

Un élément clé du chamanisme, qui le différencie d’autres activités occultes comme le « voyage astral » ou le voyage « surnaturel », est que le chaman doit impérativement revenir de ses voyages dans d’autres dimensions de la réalité avec quelque chose de positif – pas seulement pour lui-même, mais aussi pour les membres de sa tribu. Cela prend généralement la forme de pouvoirs de guérison ou de connaissances qui aideront à combattre des démons ou des entités spécifiques qui causent des maladies psychologiques ou physiologiques. Dans le cas d’Odin ce paradigme est évident pour l’acquisition des runes, qui ont de nombreux usages magiques, mais en plus de cela la toute première rune qu’il obtient « est appelée aide, et l’aide elle peut t’apporter / Dans le chagrin et la douleur et la maladie »

La nature de l’auto-pendaison d’Odin peut être vue comme un voyage ou une « descente » dans un autre royaume (puisqu’il dit qu’il regarde « en-dessous », c’est probablement une allusion à Hel, le domaine des morts, où il peut acquérir une connaissance et une sagesse spéciales de la part de ses résidents). Dans un autre sens, pour emprunter un terme de Nietzsche, c’est un exercice de « maîtrise de soi » par lequel Odin se soumet à des extrêmes de tension (attaché ou pendu à un arbre), de souffrance (blessé par une lance), et de famine ou de jeûne (se privant de nourriture et de boisson). Chacun de ces actes à lui seul pourrait conduire à une altération de l’état de conscience, et dans le cas d’Odin ils sont combinés et donc amplifiés dans un effrayant rituel qui le mène au bord de la mort, lui permettant d’avoir un regard pénétrant dans les mystères du royaume où résident les morts. Si le moyen employé est l’abnégation de soi, le but ultime est l’avancement de soi. En subissant cette épreuve et en la surmontant, Odin revient dans les mondes plus familiers des dieux et des hommes comme un être supérieur ayant acquis une illumination et des pouvoirs nouveaux. Son rite est accompli avec succès, et confirme finalement sa position d’entité suprême parmi les dieux des Ases.

L’action d’Odin est généralement considérée comme un exercice chamanique, mais il y a un certain nombre d’autres explications possibles, toutes de nature ritualiste. L’une des plus élaborées fut proposée par Jere Fleck dans son essai de 1971, « Odin’s Self-Sacrifice – A New Interpretation », qui utilise du matériel de mythologie comparée indo-européenne pour arriver à une explication plus détaillée de la nature et de la fonction du sacrifice . L’une des conclusions les plus valables pour lesquelles Fleck fournit des preuves convaincantes est l’idée qu’Odin doit avoir été pendu à l’arbre dans une position inversée. Cette position inversée fournit aussi la seule explication raisonnable au fait qu’Odin a pu se pencher vers le bas et ramasser les runes en-dessous (en présumant que ces dernières étaient des objets tangibles, ce que suggère la description), une action qui serait physiquement impossible s’il était suspendu dans une position normale. Fleck discute aussi du parallèle résultant entre l’Odin suspendu à l’envers et l’image du « pendu » dans le Tarot des Arcanes Majeures, qui ouvre un autre champ de comparaisons symboliques.

Quelle que soit sa forme ou sa motivation exacte, le rituel de l’auto-pendaison a peu de chances d’être une anomalie introduite dans l’histoire d’Odin par un scribe chrétien ultérieur, car la nature sinistre du rite est pleinement en accord avec le caractère du dieu. Les étudiants de la littérature mythologique et historique du Nord préchrétien trouveront des mentions de pratiques cultuelles qui reflètent clairement des aspects clés de l’autosacrifice d’Odin . De plus, je remarquerai simplement qu’une analyse plus allégorique montre que le rituel est un parfait reflet des principales caractéristiques d’Odin. Il est celui qui incite à la bataille et au conflit, dans ce cas à l’intérieur de son propre être ; il est un audacieux promeneur et voyageur, qui voyage dans d’autres royaumes simplement pour se « tester » lui-même ainsi que ses aptitudes ; et surtout il est un collecteur de sagesse, qui dans un autre mythe essentiel sacrifie l’un de ses yeux pour obtenir la connaissance contenue dans le Puits de Mimir. Considérant l’endroit où l’autosacrifice d’Odin a lieu, cela ne semble pas être une allusion à la croix chrétienne. Les peuples germaniques voyaient l’arbre du monde, Yggdrasil, comme une forme d’axe cosmique, un mât vertical et interconnectant au centre des neuf mondes, et il est donc entièrement logique que le dieu suprême choisisse ce même arbre comme le site de son rite le plus personnel. En faisant cela il put obtenir un aperçu dans le fonctionnement mystérieux du plus grand univers lui-même.

La crucifixion de Jésus est un type d’événement entièrement différent ; les circonstances qui l’entourent sont si fortement en opposition avec celles qui viennent d’être discutées que tout lien significatif entre elles est hautement douteux . Vue dans son contexte historique, la crucifixion du Christ est un acte entièrement « mondain ». La crucifixion était simplement une forme extrême d’exécution. Elle était bien sûr délibérément douloureuse et donc réservée à certains types de criminels, mais son but ultime était de tuer. Par conséquent, en laissant de coté toutes les croyances spirituelles concernant le mécanisme de la mort elle-même, il n’y a rien d’intrinsèquement métaphysique dans la crucifixion. Par opposition à Odin, le plus élevé des dieux germaniques, qui se pend à Yggdrasil, le plus important des arbres, Jésus était considéré par la société en général, en Judée, comme une figure humble, un hérétique blasphématoire, et fut cloué à la croix de la manière la plus dégradante. Crossley-Holland affirme que la mort du Christ est « volontaire » comme celle d’Odin, mais ceci est contestable. Il est vrai qu’elle peut être volontaire au sens où Jésus la provoque par ses activités et ses sermons, qui sont perçus comme une menace pour l’establishment religieux juif existant. Il accepte aussi volontairement sa condamnation et ne résiste pas aux soldats romains qui l’emmènent, devenant le premier martyr – et en même temps le martyr absolu – du christianisme. Néanmoins, cette forme de mort « volontaire » est au fond une soumission ; elle n’est pas choisie par le Christ, elle n’est pas non plus le résultat d’une action spécifique et active de sa part, mais plutôt l’œuvre de forces externes. Par contre, le sacrifice d’Odin est à la fois volontaire et choisi ; de plus, il est entrepris et accompli par lui-même.

La condamnation à mort du Christ survient à cause de la trahison de Judas, après quoi il est déclaré coupable de blasphème par le tribunal juif local, le Sanhédrin. Mais pour le crucifier un décret des Romains est nécessaire, car ils sont la puissance régnante habilitée à prononcer la peine capitale. Jésus est amené devant les autorités romaines, et est disculpé deux fois. Alors qu’il croit lui-même être le « fils de Dieu », la réalité de la question est que le gouvernement romain impérial, le plus puissant dans le monde, ne fait aucun cas de lui ou de ses enseignements. Ils ne veulent même pas faire l’effort de le tuer, et c’est seulement sur l’insistance du Sanhédrin et de segments de la population locale qu’ils y consentent finalement. 

Lorsqu’elle est examinée en détail, l’exécution ultérieure a très peu en commun avec le sacrifice d’Odin. Jésus est soumis au fouet avant d’être cloué sur la croix, ce qui était une procédure standard. On ne lui offre jamais de nourriture ou d’eau, mais plutôt une boisson analgésique amère avant le début du clouage, et certains récits disent qu’après avoir été mis en croix on lui présente un linge trempé dans du vinaigre, comme humiliation supplémentaire. Jésus crie un certain nombre de fois, en particulier pour s’écrier : « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Ses cris sont des cris de douleur et de frustration, à la différence du cri (de victoire ?) d’Odin qui est émis juste au moment du « triomphe » quand survient l’acquisition des mystères runiques. La mort de Jésus sur la croix est simplement la route désagréable par laquelle il atteint « l’autre monde » ou « le ciel », où il reste « à la droite du Père » .

La signification du sacrifice

Le mot sacrifice vient du nom latin sacrificium, qui vient de l’adjectif sacer, « sacré, saint, consacré », et le verbe sacrare, « rendre sacré ou saint ». Le sacrifice est un rituel religieux qui a été interprété de diverses manières par les anthropologues, les historiens, les psychologues, et d’autres, et il y a diverses explications concernant sa fonction dans différents systèmes religieux. Le sacrifice peut être vu comme une forme de communication entre les mondes du profane et du sacré. Par conséquent, lorsqu’une chose vivante est offerte en sacrifice elle doit être tuée ; la communication a lieu quand l’objet du sacrifice (le « messager ») voyage vers l’autre monde non-matériel . Le sacrifice sert souvent à initier un échange de cadeaux entre hommes et dieux, par quoi une offrande est faite avec l’espoir qu’elle sera acceptée. En retour, un dieu ou des dieux accompliront une requête ou accorderont une récompense positive à celui qui a accompli le rite ou, par extension, à ses compagnons. Dans un sens cynique, certaines formes de sacrifice peuvent aussi être considérées comme une forme de « pot-de-vin » religieux, par lequel un dieu est apaisé : celui qui sacrifie doit présenter une offrande pour continuer à recevoir la bienveillance de la déité, qui détient le pouvoir de rendre la vie misérable pour l’humain . Une forme apparentée de sacrifice est celle de la purification ou de l’expiation – en d’autres mots, pour l’homme (que ce soit un individu ou un groupe collectif plus grand) qui a précédemment transgressé une ordonnance divine, c’est un moyen de s’amender devant le dieu et de rectifier la situation. Dans ces derniers scénarios la distance naturelle entre dieu et homme est soulignée, et l’homme vit dans la crainte de ce qui pourrait arriver s’il ne sacrifie pas en accord avec la coutume.

La mort du Christ ne peut être comprise comme un sacrifice religieux que si l’on accepte sa signification d’après la doctrine théologique chrétienne. Le Christ est « sacrifié » par d’autres, et cela n’implique jamais qu’il avait besoin que cela se produise pour pouvoir obtenir un gain personnel dans l’autre monde. Si l’acte de le crucifier servait un bénéfice opportun sur le plan matériel, c’était celui de supprimer un élément gênant pour la société. La mort elle-même est assez banale : comparé à la plupart des crucifixions, il mourut assez rapidement et sans beaucoup de façons, avec seulement des phénomènes « surnaturels » mineurs accompagnant l’événement – les récits bibliques font état d’un « obscurcissement du ciel » et ainsi de suite, mais cela ressemble davantage à un embellissement poétique ultérieur. L’importance de la crucifixion ne vient donc pas tant de l’action que de la notion de la personne exacte à qui elle fut faite. Il est le « fils de Dieu », un être « perfectionné », et pourtant ironiquement il subit une mort particulièrement dégradante des mains de ceux qui sont oublieux de sa stature.

Cependant, un échange sacrificiel fondamental se produit ici, d’après la doctrine chrétienne. Jésus ne meurt pas pour ses propres péchés – car, en termes chrétiens, pourrait-on dire qu’il en ait commis ? –, mais pour ceux de l’humanité. C’est un exemple d’un acte expiatoire particulier, comme le dit E.O. James : « Quelle que soit l’interprétation du récit de ce qui a eu lieu, le fait demeure que la Passion et la mort du Christ introduisirent dans la tradition du Messie juif l’ancienne conception du Roi Sauveur divin souffrant et mourant pour le salut de l’humanité » . Il a été sacrifié afin de « prendre sur lui les péchés du monde ». D’après la croyance chrétienne, cet état de péché existe à l’intérieur de tout être humain et est appelé « péché originel », ses racines remontant à la désobéissance d’Adam dans le Jardin d’Eden. Un paradoxe est ainsi créé, car si en subissant sa crucifixion Jésus a vraiment pris sur ses épaules les péchés de l’humanité, on pourrait logiquement supposer qu’à partir de ce moment l’homme n’en a plus eu. L’histoire du monde ultérieure et ses effusions de sang – dont un bon nombre fut accompli au nom du Christ – démontrent amplement la fausseté de toute affirmation disant que l’homme se serait débarrassé de sa tendance aux dénommés péchés, donc cet « enlèvement du péché » fut un acte symbolique plutôt que littéral. En gardant intact le concept du « péché originel » tout en proférant simultanément l’affirmation métaphysique extravagante sur les implications de la crucifixion du Christ, une formule d’extorsion spirituelle fut instaurée par la doctrine chrétienne. Par conséquent, celle-ci demande un autre sacrifice : pour recevoir le « salut », on doit placer sa foi en Jésus et l’accepter comme « Seigneur » – après tout, il subit magnanimement la torture et même la mort en votre nom. Si vous ne lui donnez pas toute votre foi, vous ne recevrez aucune récompense après votre mort. En plus de cela il y a la menace de l’enfer pour ceux qui n’adoptent pas la foi, qui augmente encore le degré de contrainte. La mort de Jésus peut être vue comme intégrale pour tout cela aussi, car il était nécessaire qu’il remonte au ciel pour finalement rendre son Jugement sur chaque homme après l’Apocalypse.

Le sacrifice d’Odin ne se prête à aucun parallèle expiatoire, car son acte est entièrement auto-contenu : il est son récipient. Pour faire entrer le rite d’Odin dans une telle équation, la seule solution métaphysique serait de dire que son « moi inférieur » ou « irrésolu » – c’est-à-dire son état d’être initial – a été sacrifié et immolé afin de se reconfigurer dans un « moi supérieur », ou afin de le « recevoir ». De cette manière le moi inférieur est détruit et laissé en arrière, donc il ne peut pas y avoir de demande de « subornation » de la part du moi supérieur. Le sacrifice atteint son but désiré et est donc complet. Le meilleur paradigme explicatif serait certainement celui d’un échange sacrificiel. Odin fait une offrande (son corps, sa raison, et son âme) afin de recevoir un niveau d’illumination supérieur, ou, pourrait-on dire, plus profond. C’est une formule d’auto-transcendance, et Odin poursuit en expliquant ses conséquences quelques strophes plus loin dans son récit :

Alors je commençai à prospérer,
Et à obtenir la sagesse,
Je grandis et j’étais bien ;
Chaque mot me menait à un autre mot,
Chaque action à une autre action.

Ici Odin, conscient de lui-même, comprend comment il fonctionne dans son état nouvellement atteint, recevant la sagesse et employant des mots (c’est-à-dire l’art de la communication – rien de surprenant, étant donné qu’il a maintenant acquis les runes, symboles écrits des phonèmes germaniques originels). Sa connaissance et ses mots conduisent à des actions, qui à leur tour engendrent d’autres actions, probablement plus grandes. Le philosophe ésotériste Julius Evola explique la dynamique de l’acte dans ces termes :

« La même idée d’une force primordiale qui réagit contre elle-même, qui se libère et accède à un plan supérieur de l’être définissant son aspect divin particulier (la « forme plus haute et plus parfaite de soi-même » des Upanishads) … est exprimée par le sacrifice d’Odin à l’arbre cosmique Yggdrasil, qui permet à Odin de tirer de l’abysse la sagesse transcendante contenue dans les runes et de la mettre en pratique ; en outre, dans une version particulière de ce mythe, Odin, vu comme un roi, est celui qui par son sacrifice montre la voie qui conduit au Walhalla, c’est-à-dire le type d’action qui permet à une personne de participer à l’immortalité héroïque, aristocratique et ouranienne. » 

Un cycle accéléré d’évolution a été initié qui n’est pas seulement terrestre, mais plutôt « magique » dans son essence même. Ce n’est pas seulement un exercice d’esprit nouménal et d’esprit numineux, mais il se manifeste aussi par des actions dans le monde phénoménal. Odin a subi une épreuve et a obtenu en retour la récompense de la vision magique, qu’il met ensuite en pratique tangible sur le plan matériel tout comme sur le plan spirituel.

Les implications d’un dieu sacrifié

Le christianisme requiert une foi absolue, ou il devient insensé. Si la foi en Jésus en tant que messie n’est pas présente, sa vie et sa mort ont peu d’importance. Si l’on veut trouver des pacifistes éloquents dans l’histoire, il y a certainement de meilleurs exemples que Jésus – ses enseignements ne deviennent uniques ou impératifs que si la doctrine chrétienne est réellement vraie. Si d’autre part on tente de voir le Christ comme un simple modèle historique ou mythique, il serait difficile à imiter, et beaucoup de ses actions apparaissent complètement absurdes. Sa « réalité » est bien éloignée de notre réalité européenne indigène, et à de nombreux égards elle est incompréhensible. Une analyse ingénieuse de cette énigme a été faite par Lawrence Brown dans son histoire spenglerienne de l’Europe, The Might of the West, et mérite d’être citée en entier :

« Comment peut-on respecter, et à plus forte raison adorer, un personnage qui est tellement simplet qu’il ne sait pas que les gens ne peuvent pas vivre comme les oiseaux et les plantes, qui ne peut pas se protéger contre un traître stupide qu’il connaît déjà, qui ne peut pas trouver de réponse intelligente à une accusation mortelle mais improuvable, qui ne comprend pas quand toute l’affaire est transmise à une juridiction différente ? … Au lieu de comprendre que sa physique n’était pas notre physique, que la réalité pour lui n’était pas ce que la réalité est pour nous, nous voulons qu’il soit motivé par des calculs et des principes qui nous motiveraient. Et ainsi ses motivations, au lieu d’être différentes, deviennent ineptes, et un puissant conquérant prétendu qui eut le courage de plier le ciel et la terre à sa volonté devient une victime pusillanime de petites erreurs, de petites intrigues, de petits hommes. Peut-être que son sens de la réalité était faux et que le nôtre est juste – ou du moins c’est ce qu’il semble aujourd’hui. Mais dans son propre monde, dans le concept levantin qui ne peut jamais entièrement séparer ce monde de l’autre, il est le héros épique par excellence. Lui seul osa arrêter l’horloge du monde. C’est vrai, elle ne s’arrêta pas, et nous Occidentaux ne croyons pas qu’on puisse arrêter cette horloge. Mais nous ne pouvons pas voir Jésus des deux manières à la fois. Si nous persistons à le juger d’après notre sens du réel, il devient familier mais vide. Si nous le jugeons d’après son propre sens du réel, il devient l’un des hommes les plus puissants de l’histoire et l’un des plus tragiques – mais un étranger complet. » 

Si nous voulons regarder les morts sacrificielles d’Odin et de Jésus comme des épisodes mythiques plutôt que comme des « vérités » théologiques, ce sont encore les différences qui sont plus évidentes que les similarités. Et si nous prenons ces sacrifices comme des instructions allégoriques pour notre propre comportement ? La torture et les tourments de Jésus sont censés être une voie vers le salut, et il s’ensuit en effet que ses enseignements encourageaient ceux désireux d’atteindre le « ciel » à être doux, humbles, pacifistes, à « tendre l’autre joue », etc. Le fait que durant toute l’histoire les chrétiens ont souvent mal interprété ces enseignements, ou commis la violence malgré ceux-ci, est à coté de la question. Dans le cas d’Odin, nous avons un archétype complètement différent. Il est caractérisé par un effort vers l’auto-connaissance ; par un certain type audacieux d’égoïsme ; par un désir d’évolution indépendante ; par la fierté de ses propres accomplissements (incluant sa remarque qu’on ne lui a pas donné de pain ou de boisson pendant sa pendaison, ce qui pourrait être vu comme une manière de vanter son endurance) ; par des voyages intrépides vers des endroits et des états de conscience inconnus ; et par un désir de transformer les idées et les mots en actions. La pendaison d’Odin est un paradigme symbolique d’auto-initiation, de développement personnel, et de devenir soi-même ; c’est à de nombreux égards l’antithèse du symbole du Christ torturé, qui est fréquemment décrit dans l’iconographie chrétienne comme docilement cloué sur la croix. Cela implique une négation complète du domaine physique, c’est-à-dire la terre et le monde des actions. Un sacrifice permanent comme celui du Christ ne peut en fin de compte symboliser qu’une utopie mystique (c’est-à-dire le « salut » et le ciel), en d’autres mots, une utopie complètement séparée de la réalité terrestre.

La compréhension de l’incompatibilité de ces allégories n’est bien sûr pas nouvelle. Le gouffre entre les deux orientations spirituelles, l’attitude ethnique-religieuse d’« acceptation du monde » contre l’attitude universaliste de « rejet du monde », devinrent évidents sur le plan pratique lorsque des efforts furent entrepris pour christianiser les tribus germaniques d’Europe du Nord durant le premier millénaire de l’Ere Commune . Le fait que le Christ avait été sacrifié d’une manière vaguement similaire à celle d’Odin a pu favoriser le processus d’acceptation d’une vision-du-monde étrangère, mais une telle similarité était loin d’être suffisante pour convaincre les païens d’adopter la nouvelle foi. On peut trouver une indication curieuse de cela dans le Heliand, une version précoce des Evangiles chrétiens écrite en vieux-saxon vernaculaire. Conçu par un poète missionnaire anonyme du IXe siècle de l’ère chrétienne, le Heliand replace l’histoire de la vie de Jésus dans un arrangement complètement nouveau. Jésus n’est plus un prophète juif renégat dans le monde poussiéreux de la Judée sous contrôle romain, mais un chef de tribu germanique habitant dans la forêt, avec un groupe de guerriers dévoués l’entourant à la place des apôtres. La nature pacifiste de ses enseignements est adroitement reformulée de manière à apparaître à peu près inoffensive pour une audience païenne germanique, et la scène culminante de la crucifixion est modifiée par rapport à sa forme originale. Ici le poète a décrit les dernières heures terrestres de Jésus comme une noble bataille entre Christ le Drohtin (chef de tribu) et sa bande guerrière contre les soldats romains. Après avoir été tué, le Sauveur monte au ciel où il s’assoira pour l’éternité sur son trône, « et de là il voit toutes choses, le Christ régnant voit tout ce qui se passe dans le monde » . Cette image finale est distinctement odinique, et n’est qu’une parmi beaucoup d’allusions semblables dans le Heliand. Combinées à cet habile « changement d’image » d’une figure du Christ qui serait acceptable pour un païen germanique, il y a d’innombrables exhortations disant que l’on ne doit avoir « aucun doute » après avoir reçu la nouvelle doctrine. Car si quelqu’un conteste ou continue à douter de son article de foi fondamental, le fondement entier de la doctrine chrétienne s’écroule. C’est un contraste radical avec la figure d’Odin, dont la nature inquisitive et questionnante le conduit même à s’« attaquer » lui-même, si cela favorise son propre développement et son propre bénéfice ultimes. Jésus demanderait que vous misiez tout sur une promesse de récompense dans l’autre-monde, jouant ainsi de la peur innée de la mort chez l’homme, alors que l’exemple d’Odin fournit un paradigme de recherche pour le triomphe sur soi-même et l’évolution dans le monde du présent, par lequel on peut accomplir sa propre gloire et, grâce à ses actions, rester dans la mémoire de sa tribu et de sa descendance. En imitant Jésus vous devriez rester fidèle et même souffrir dans l’espoir de recevoir le « salut » divin d’en-haut ; alors qu’en suivant l’exemple donné par Odin – subir ses propres sacrifices et initiations sur les arbres enchantés de la connaissance, de l’intelligence, et du danger –, le demi-dieu inspirant du respect et de la crainte que vous avez des chances de rencontrer se développera puissamment à l’intérieur de vous-même.

Auteur inconnu

mardi 26 août 2014

Principes du guerrier celte


Si tu veux être digne combattant, montre-toi paisible dans la maison d’un grand. Terrible dans le danger. Sans juste motif, ne bats pas ton chien. Sans preuves de sa faute n’accuse pas ta femme.

Au combat, ne porte pas le main sur un fou, car il ne sait pas ce qu’il fait. Ne médis pas de qui a un nom, ne te bas pas dans une dispute; n’aie rien a faire avec un méchant ou un sot.

Deux tiers de ta générosité et de ta gentillesse montre-le à la femme, aux enfant qui rampent sur le sol, aux sages qui construisent les poèmes, ne sois pas rude aux gens de peux.

Fuis les discours vantards, ne dis pas que tu refuses de céder même dans les choses justes, car c’est une honte de parler raide quand on ne peut ensuite soutenir ses dires.

Aussi longtemps que tu vis, n’abandonne pas ton maitre pour argent ni or, n’abandonne pas qui tu as promis de défendre.

Ne médis pas des siens auprès d’un grand, ce n’est pas le fait d’un digne combattant.

Ne répète pas de mensonges, ne sois ni bavard, no calomnieur; si brave et puissant sois-tu, n’excite pas les inimités.

Ne censure pas les anciens, ne te mêle point aux gens de rien, fais largesse de ta table; que le ladre ne soit jamais ton ami.

Serre ton vêtement, tiens fermement tes armes jusqu’à ce que le dur combat aux lames étincelantes s’achève. Cours la bonne fortune mais néanmoins épouse la noblesse.

Silva Gadelica
Principes de vie relatifs aux Fiannas

mercredi 2 juillet 2014

France profonde - Le pèlerinage des sept collines sacrée de Bretagne

Ce sont sept petites collines qui dominent la terre bretonne d'ouest en est. Sept collines sacrées au sommet desquelles les druides, grands prêtres des tribus celtes, célébraient le Soleil et la Lune, invoquant les dieux et déesses celtes, Lug, Cernunos, Bélisama et Bélénos. On peut imaginer les immenses brasiers allumés au sommet des sept collines bretonnes, les nuits de solstice, comme autant de signes destinés à attirer la faveur des dieux. Aujourd'hui, certains voient une étrange croix bélénique dans l'alignement singulier reliant les sept collines. Hasard de la nature ou réalisation des peuples celtes eux-mêmes ?

Est-ce pour cela que ces collines, symboles du paganisme, furent christianisées ? Toujours est-il que des confréries de druides viennent encore s’y réunir. C'est à un voyage aux sources secrètes de la Bretagne mystique auquel je vous convie.


Notre aventure commence à l'extrême ouest.
Les étoiles rouges sont les collines sacrées.
Les losanges verts sont les points de passage notifiés dans l'article

Du Menez-Hom à Saint-Michel-de-Braspart

Première étape, le Menez-Hom (la colline sacrée, en breton), qui culmine à 330m d'altitude. Surgissant au-dessus de la baie de Douarnenez, le Menez-Hom fut voué à Bélénos, le dieu celtique du Soleil, il y a plus de deux mille ans.


Aujourd'hui, il présente un saisissant paysage lunaire, fait de roches nues jetées sur une lande mauve balayée jour et nuit par les rafales des grands vents d'ouest. La légende habite toujours ce haut lieu inspiré, car on raconte que c'est sur l'un de ses versants que se cacherait sous la bruyère le tombeau du roi Marc'h, roi mythique breton, mari d'Yseult la blonde, la célèbre maîtresse de Tristan. Au pied de la colline, les autorités chrétiennes construisirent au XVIIIe s. la chapelle Sainte-Marie du-Menez-Hom pour couvrir sans doute un site voué à la déesse des sources et lutter ainsi contre les croyances celtiques.


Rejoignez-le mont Saint-Michel-de-Braspart par Pleyben et Braspart. Ici, vous êtes sur l'un des hauts lieux mythiques de Bretagne. Nimbé de longues nappes de brouillard, le Menez-Mikael domine la tourbière du Yeun Ellez. On dit que le vent qui souffle entre les pierres porte les cris de souffrance des damnés.

Continuez en direction de Belle-Isle-en-Terre.

Le Menez-Bré, la montagne du sortilège

Haut lieu tellurique, le Menez-Bré est la petite montagne sacrée du Trégor. Couverte de landes, elle plonge son Histoire dans le mysticisme celte et chrétien. C'est en effet quelque part sous les herbes broussailleuses du Menez-Bré que serait enterré un druide célèbre dans la mémoire collective celtique, le druide Gwenc'hlan. Au milieu du XIXe siècle, l’abbé Guillermic, surnommé Tadig Koz (vieux petit père), y pratiquait des exorcismes hallucinants, grimpant pieds nus à son sommet les nuits de pleine lune, ordonnant aux démons de défiler devant lui pour, d'un simple jet d'eau bénite, les renvoyer en enfer.



Traversez, la Bretagne, du nord au sud, direction de Pontivy.

Le Mané-Guen, la montagne blanche

Dominant la vallée du Blavet de ses mamelons rocheux, le Mané-Guen et depuis les temps néolithiques un haut lieu sacré. C'est une montagne isolée, couverte de lande et d'ajoncs. Un vrai site druidique selon les traditions locales.


Ne manquez pas les pierres sacrificielles dispersées sur le flanc ouest de la colline. Certains érudits locaux, férus de celtisme, ont déclaré que les entailles qui traversent les pierres avaient été creusées pour y placer le corps des hommes destinés à être sacrifiés au dieu Lug. À l'opposé, les archéologues considèrent que ces entailles sont le résultat de la seule érosion. Comme souvent en Bretagne, les autorités catholiques ont édifié une chapelle au sommet de la colline (XVIIIe s.).

Aujourd'hui, le troisième dimanche de juillet, les landes du Mané-Guen résonnent des chants d'un pardon joyeux. Tard dans la nuit, assistez au fest-noz, où vous pourrez déguster du bœuf gros sel arrosé de chouchen.

Prolongez votre voyage en direction de Moncontour vers Bel-Air.

De Bel-Air au Mont-Dol

Point culminant du Méné (349 m), le Menez Bel-Air est peut-être la plus mystérieuse des sept collines sacrées. De son sommet, on découvre par temps clair la baie de Saint-Brieuc. Autour de la chapelle Notre-Dame rayonnent huit allées de hêtres représentant la course du soleil dans le ciel.

Notre-Dame du Mont Carmel nichée sur le Menez Bel-Air

Continuez vers Dol-de-Bretagne. Autrefois île, le Mont-Dol dresse aujourd'hui, au-dessus du marais de Dol, sa masse rocheuse de 65 m couverte de châtaigniers plusieurs fois centenaires. En dix minutes d'escalade, on atteint le sommet du promontoire, d'où l'on découvre l'un des panoramas les plus somptueux de Bretagne. Au nord, le marais de Dol et, plus loin, la mer aux vagues bleues et vertes; au sud, le bocage qui descend vers Combourg. Longtemps siège d'un culte celtique, le site fut le théâtre d'une lutte acharnée entre druides et ermites chrétiens, qui vit le triomphe du christianisme. On y voit encore, gravées dans la roche, les traces du combat légendaire qui opposa saint Michel à Satan.

Vue du versant sud, le Mont-Dol


Le Mont-Saint-Michel

Haut lieu de la spiritualité occidentale, le Mont-Saint-Michel est la dernière étape de votre voyage sacré, aux frontières de la Bretagne et de la Normandie. Ici, vous quittez la terre pour vous aventurer vers les îles bienheureuses. Protégé à la fois par Lug et par l'archange saint Michel, le Mont-Saint-Michel (appelé aussi Mont-Gargan dans les archives du XIIIe S.) est la synthèse des croyances celtes et chrétiennes.

Le Mont-Saint-Michel encerclé par la marée

jeudi 26 juin 2014

Hymne à la loi

Hymne à la loi

Mon pays est béni des Dieux immortels
En lui d’innombrables beautés m’appellent
Je contemple avec respect la clarté du ciel
Les vastes prairies d’herbes et de fleurs, les fleuves et le Soleil,
Le grondement des mers et des orages,
L’affrontement des dunes contre les vagues,
Les forêts dans les tempêtes et la nuit,
Le tambourinement de la pluie.
Je songe aux époques lointaines où mes ancêtres se tenaient là
Ils admiraient comme moi les moissons mûrissantes
Les légions des étoiles éternellement scintillantes
Le déroulement de la vie, de la mort au fond des bois
Le mouvement des astres et des saisons
Tout est régi en cycles éternels,
Et la divine force de création
Mêle beauté et combat perpétuel
Les Anciens avaient bien compris que le Monde
est le moulin de la grande Chanson
Et non une « vallée de larmes » sujette au
péché originel ou autre malédiction
Et nos Grands Ancêtres Européens cherchaient le divin dans
La Loi inaltérable et inflexible de la nature,
L’harmonie respectueuse de l’âme s’y soumettant,
Ses innombrables créations belles et pures
Pas dans l’asservissement bi-millénaire
Des doctrines perfides venues d’Orient
De ces fardeaux étrangers décadents
Je fais tables rase de ces chimères
Pour ne plus qu’elles entravent ma spiritualité
Retrouver la vérité issue de mon âme
Je me tiens debout dans la réalité
Pas courbé devant un dieu jaloux, infâme
Mes gènes ne sont pas chrétiens
Mais ceux d’un Européen
Affirmant sa foi en l’éternelle tradition :
L’ordre divin est la loi du monde !
Silence ! Je revois l’innocence du monde
J’entends chanter encore aux vents harmonieux
Les bois épanouis sous les cieux
La force et la beauté de la terre féconde
En rêve sublime habitent dans mes yeux.

Ultimatum, « Jeunes et Européens ».

Source : Du haut des cimes

mercredi 25 juin 2014

France profonde - Sorcellerie et guérison en Auvergne

L’Auvergne, ce sont les volcans, prairies, lacs et rivières, églises et châteaux. Cette alliance du feu, de l'eau et de a pierre a forgé l'âme d'un peuple. Si la recherche de l'équilibre entre l'homme et le cosmos a toujours été une préoccupation constante des sociétés traditionnelles, cela est particulièrement vrai en Auvergne. Le mode de vie qui en découle - l'écoute du plus humble élément naturel et la recherche de sa juste place - ne doit pas être considéré comme relevant de pratiques superstitieuses. Car plantes, animaux et pierres parlent à celui qui a des oreilles pour entendre.


Grandes pierres de saints dans le Velay

Venu de la nuit des temps, l'usage des pierres guérisseuses s'est perpétué jusqu'à nos jours sur les hauts plateaux du Velay et de l'Ardèche, non loin des sources de la Loire, au pied du mont Mézenc. 


En bordure du chemin allant de Velay à Chapey, ancien chemin gallo-romain on peut voir 5 monolithes, redressées en 1951. Ces pierres tumulaires en granit sculptées au nombre de 5 sont des stèles funéraires, vestiges de la civilisation celtique de l’époque. Dressées sur des tombes, ces stèles étaient sculptées et représentaient le défunt dont elles évoquaient la vie ou faisaient référence à une divinité locale. La présence de ces stèles permet d’affirmer l’occupation celtique de ces lieux et de dater cette occupation au Ve siècle avant J.C (En savoir plus).

Buste-reliquaire de Saint Théofrède
Au cœur du Velay, dans le trésor de l'abbatiale du Monastier-sur-Gazeille, est conservé le reliquaire de saint Théofrède, merveilleuse pièce d'orfèvrerie médiévale. À l'instar de saint Martin, cet infatigable évangélisateur arpentait les chemins antiques sans compter sa peine. De nombreuses pierres, dans la commune et dans les environs du Monastier, conservent ainsi une trace de son passage : le saint marqua de-ci de-là un bloc de rochers, y enfonçant son bâton, s'asseyant sur des lieux fort anciens, sanctifiant ainsi ce qui avait été de tout temps vénéré (En savoir plus et encore plus).

La chaire de saint Théofrède, poste d'observation, se tient au lieu dit. Le Mont, à la sortie du Monastier, en direction de Solignac-sur-Loire. Vous rencontrerez sans doute au cours de vos pérégrinations quelques anciens prêts à vous indiquer l'emplacement de ces rochers, qui ne sont mentionnés dans aucun guide. Des grandes pierres guérisseuses, il y en a à foison. Les usages se sont maintenus, quoique discrets, et c'est en vous armant de patience que vous vous ferez conduire à l'emplacement de la pierre de saint Maurice, dans les bois de la Griseyre, à Pigères (Pradelles), où se déroule un culte à peine christianisé pour aider les enfants à marcher.


Légende de la pierre de Saint-Maurice

A la Griseyre, près de Pigeyres, la pierre de Saint-Maurice passait pour guérir les enfants atteints d'affections plus ou moins graves des membres inférieurs. Elle est encore de nos jours l'objet d'une vénération religieuse.

Le lieu, isolé au milieu des bois éveille l'étrangeté de l'affaire, mais ce qui étonne plus encore, ce sont les dizaines de croix gravées sur l'écorce des arbres. Certains de leurs auteurs se sont même appliqués pour sculpter ces marques. Sont-elles, signes de leur passage, faites pour empreindre l'ultime espoir, l'éternelle reconnaissance ? Sont-elles le reflet d'un rituel ? Entre ces pins aux fûts verticaux, la pierre des miracles sommeille, presque entièrement enfoncée sous la mousse.

Mais si l'on en fait le tour, on s'aperçoit qu'à un endroit le sol se dérobe sous elle, faisant place à une cavité grande de toute sa surface. L'enfant malade, dit-on, doit y glisser les jambes afin qu'elles soient délivrées d'un handicap physique jugé parfois incurable. De bouche à oreille, la pierre de Saint-Maurice, surmontée de sa croix, se révèle être le socle du prodige. De l'endroit émane des ondes magiques ; il exerce aussi une attraction puissante puisque la pierre et lui s'attirent. Mais écoutez plutôt la légende.

Il y a fort longtemps, les paysans des villages, enracinés à leurs croyances comme l'arbre à la terre, décidèrent de transporter la pierre à Saint-Arcons, près du cimetière. Ils pensaient qu'elle serait plus accessible à cet emplacement qu'au fond d'un bois. Pour ce faire, on l'attela à deux énormes bœufs, mais arrivés près de la passerelle sous laquelle chantait la Méjanne, les bêtes s'arrêtèrent. On eut beau les pousser, les tirer à hue et à dia, rien à faire, les bœufs têtus comme des mules n'avancèrent pas plus. Que faire ? On décida d'abandonner la pierre et d'essayer de recommencer l'opération le lendemain.

Que se passa-t-il pendant la nuit ? Quelle force extra-naturelle influa ? Elle regagna sa place dans la clairière. Les villageois, songeant que seule une puissance divine avait pû accomplir pareille chose, vouèrent au roc sacré une vénération nouvelle, justifiée par leur grande foi et leur mentalité naïve.

La pierre de Saint-Maurice demeura dans l'antre des bois.
(En savoir plus) 

Petites pierres guérisseuses et protectrices

Des éléments minéraux sont également utilisés pour protéger les habitants des maisons contre toutes sortes de maux, pourvu qu'ils soient correctement disposés. Placés aux extrémités des faîtières de toiture, ils servent à éloigner la foudre et assurer la fécondité des hommes et des animaux. Dissimulées dans des endroits précis, sous le seuil d'entrée, dans la voûte du porche, dans la cheminée, la mangeoire. Les haches néolithiques permettent de rompre les sorts qu'un passant envieux aurait pu jeter sur la maisonnée.

Plus étonnant encore est l'usage dans ces régions de petites pierres guérisseuses, constituées en série, qui rassemblent des matériaux de diverses provenances que l'on peut classer en trois catégories de matériaux préhistoriques
  • Les haches néolithiques
  • Les fragments de bijoux celtiques (anneaux de verre)
  • Les pierres naturelles (variolites, galets de quartz, fossiles) 

Variolite, Quartz et fossile
Connues sous les appellations de pierres de tonnerre, pierres de serpents, pierres à venin ... D'autres pierres sont encore employées en fonction des règles d'analogie: les vertes guérissent les plaies infectées les maladies de la peau, les rouges stoppent les hémorragies, les blanches sont réservées aux nourrices, car elles favorisent les montées de lait.

Conservées dans des sacs, ces séries de pierres mises à tremper dans de l'eau pendant un temps plus ou moins long, variant de quinze minute à vingt-quatre heures, à moins qu'elles ne restent constamment immergées. Une part de l'eau est bue et le restant versé sur la plaie ou la partie malade. Le mal serait ainsi repoussé de l'intérieur du corps vers l'extérieur, puis éliminé par lavage. Ces pierres servent à guérir les morsures de serpent, piqûres d'insectes, affections causées par le venin des crapauds, le souffle des salamandres, ainsi que certaines maladies de la peau, tant chez les hommes que chez les animaux. Leur usage s'est maintenu jusqu'à nos jours dans plusieurs familles.

Vous en verrez à Moudeyres, dans la ferme des frères Perrel (En savoir plus), à Bigorre, à l'intérieur des chaumières du village, et surtout à Freycenet-la-Cuche, à l'exposition qui est consacrée à la médecine traditionnelle et aux croyances en Auvergne. (En savoir plus)
Autres pierres

Les pierres de la pigote sont préservées des regards indiscrets par leurs actuels détenteurs, présentées comme des trésors précieux dont l’origine reste mystérieuse. Avec de la patience, vous aurez peut-être la chance d’en entendre parler ou, mieux encore, de les voir. Pourtant, on considère encore parfois que le seul fait de les montrer à des étrangers pourrait en diminuer le pouvoir. De même faut-il éviter de les poser à même le sol.

Une pierre de la pigote (une variolite dans le cas présent)

Une croyance veut que ces pierres soient les restes fossiles de grands reptiles et autres animaux venimeux mintenant disparus (tête, queue, sections du corps), d'où leur mode de fonctionnement particulier. A moins que ce ne soient les serpents eux-mêmes, se réunissant parfois en des mêlées orgiaques, qui forment ces pierres à partir leur écume solidifiée. C'est du moins ce que vous entendrez au cours de conversations nocturnes, car il n'est pas bon de parler de ces choses en plein jour.

Saints protecteurs dans le Bourbonnais

En Bourbonnais, le dieu Borvo entretient le bouillonnement des sources. À Gannat (Allier) et dans ses environs, les dieux ont cédé la place aux saints intercesseurs, guérisseurs, mais aussi parfois facétieux, voire envoûtants. Eh oui, les saints sont parfois accusés de jeter des maléfices sur ceux qui les ont négligés. Car il existe des maladies causées par les saints que les devinaïres, ces femmes souvent veuves, ont le pouvoir d'identifier en vue de réparer l'outrage volontaire ou involontaire qui leur a été fait et qui a attiré leur courroux. S'ensuivent des pèlerinages propitiatoires. Et les saints protecteurs des vignes, comme saint Verny, font encore parfois les frais d'une trop grande sécheresse et finissent l'été les pieds dans la rivière.

Saint Eutrope. Martyre, apôtre de la Saintonges au IIIème Siècle.

Les saints font également office de guérisseurs. Dans ce cas, il s'agit d'effectuer un transfert de la maladie sur le saint lui-même ou par son intermédiaire. Il est généralement choisi en fonction d'analogies précises, telles que nom, mode de vie, fonction, détails du martyre. Ainsi, la Vierge Marie est invoquée en cas de stérilité féminine et de couches difficiles. Saint Eutrope soulage les enfants estropiés, saint Roch dissout les calculs, saint Foutin redonne la vigueur aux hommes et la fécondité aux femmes. Quant à saint Expedit, il règle tous les Problèmes et permet même... d'expédier ses ennemis ad patres. Pour cela les fidèles se rendent dans les églises, font brûler des cierges, plantent des aiguilles dans la base de la statue, raclent cette dernière, touchent les reliquaires ou déposent des rubans et des fragments de vêtements ayant été en contact avec le malade.

Les panseurs de secrets

Ce pays est aussi celui des panseurs de secrets, guérisseurs ayant reçu des conjurations, prières venues de la nuit des temps, transmises oralement de génération en génération. Œuvrant gratuitement pour le service de la communauté, le guérisseur devra les transmettre à son tour avant de mourir, sous peine d'emporter avec lui tous les péchés de la lignée, et de devoir rendre compte dans l'au-delà du bien comme du mal accompli par les ancêtres qui l'ont précédé (En savoir plus).

vendredi 4 avril 2014

Les Externsteine - Les pierres sacrés de Toteburg : Partie 1

Dans une des plus anciennes forêts d’Europe, celle de Teutoburg en Allemagne près de Paderborn, s’élève une formation rocheuse très singulière entourée de mystères. Après cette introduction qui présentera brièvement l’histoire et les polémiques engendrées par ce site, nous verrons article par article les différentes parties mystérieuses des Externsteine et tenterons d’analyser en détail certains indices en tenant compte des différentes théories qui s’opposent depuis plus d’un siècle.



Lorsqu’on se rend aux Externsteine (prononcer «extèrnn-chtaïne»), l’étrange forme des rochers aux dimensions peu communes pour la région, impressionnent par leur majesté, sans parler d’une énergie puissante et ancienne qui flotte dans l’air et qui submerge l’esprit du visiteur. Il semble pour ainsi dire évident au premier abord que ce site devait avoir depuis des temps très anciens une dimension hautement sacrée. Puis, lorsqu’on s’en approche enfin, d’étranges gravures dont certaines sont clairement du moyen-âge et d’autres semblent nettement plus anciennes, des escaliers vertigineux menant vers des sommets d’où l’on peut observer le phénomène des solstices à travers un cercle creusé dans le rocher, une tombe mystérieuse sculptée dans la roche brute, des sculptures énormes visibles uniquement pour un œil averti, puis une grande quantité d’histoires entourant le site, tout ceci vous invite à vous poser la question, mais quelle est donc l’origine de ce site. Après avoir écarté des théories farfelues, fumantes, ou même ridicules comme celle qui prétend démontrer une présence d’extra-terrestres prisonniers dans les rochers, et qui au contact de l’air reviendraient à la vie, il est urgent de reprendre le chemin de l’histoire sérieuse et des indices archéologiques qui permettront des comparaisons raisonnables, car seulement ainsi nous pourrons nous rapprocher de l’esprit même qui devait habiter en ces lieux à l’origine.

Cette question est à la source d’un grand débat en Allemagne qui oppose historiens et autres spécialistes du site depuis environ 150 ans. Cette opposition depuis ses débuts a suscité des débats très souvent houleux aux plus hauts niveaux, car rapidement les Externsteine devinrent un symbole culturel et identitaire. La question de l’identité est cruciale dans le cas des Externsteine étant donné qu’une version, qui est la théorie officielle, prétend que le site est purement d’origine chrétienne, alors que l’autre affirme une origine bien antérieure au christianisme remontant aux traditions païennes des tous premiers Germains.

La version chrétienne du site défend le fait qu’au 12è siècle de notre ère l’évêque Heinrich de Paderborn ordonna une mission qui devait construire une reproduction du chemin de croix du nazaréen dans les roches du site des Externsteine. L’objectif aurait été de faire du site un lieu de pèlerinage pour tous les pénitents chrétiens. La situation géographique de l’endroit se trouve être en effet propice à ce genre de consécration étant donné qu’il se trouve non loin d’une véritable croisée des chemins transités à cette époque du moyen-âge. Lorsqu’on s’aperçoit que la principale gravure représente une scène de la crucifixion du nazaréen, on serait tenté de pencher logiquement pour la version chrétienne, surtout que cette scène possède de clairs indices remontant au moyen-âge chrétien. 

Le Christ faisant plier l'Irminsul
(l'arbre de vie, à ne pas confondre avec Yggdrasil, l'arbre monde)

Ensuite une salle obscure, dont les entrées obscures gardées par des portails aux barreaux dissuasifs, est présentée comme étant la chapelle où se tenaient les premiers offices. Là, à première vue, rien ne semble contredire cette théorie, mais rien ne semble la confirmer non plus. La salle semble très «dénudée», dans un état qui ne paraît pas vouloir donner des indices majeurs. Il faudra voir ça en détail…


Puis vient entre autres une tombe taillée à même la roche qui ne semble pas avoir été faite pour recevoir un défunt, et dont l’intention échappe à l’entendement raisonné. Elle est présentée comme étant le tombeau du christ, ou du moins la copie de celle de Jérusalem. Pourquoi pas... Mais lorsqu’on l’observe de plus près et dans son cadre, on se dit que quelque chose cloche, ça ne correspond pas à l’image classique du tombeau du nazaréen. Et lorsqu’on demande ce que fait un véritable observatoire astronomique au sommet d’un des rochers dont les évidences solsticiales furent bien établies, les réponses deviennent confuses et tentent de noyer le poisson en parlant de possibles connections avec des alchimistes du moyen-âge. La présence d’un autel devant le trou permettant l’observation des solstices serait quant-à elle un lieu pour rendre culte à la gloire de jésus ressuscité. Là, ça commence à sentir la mauvaise foi, car ce genre d’argument est un classique des chrétiens lorsqu’ils tentent de justifier une récupération d’un ancien site païen. Il faudra étudier ça de plus près, cet endroit comme bien d’autres afin de voir quelle théorie est la plus plausible. Il faudra tenter de rester aussi objectif que possible afin de s’approcher de ce qu’a pu être la réalité historique. De plus il faudra faire preuve d’une certaine neutralité politique, car les grands débats tournant autour de ce site ont pris au cours du 20è siècle une dimension clairement politique. D’abord les mouvements völkisch sous l’impulsion d’auteurs très avertis comme Wilhelm Teudt (1860-1942), ont repris d’anciennes versions du moyen-âge tardif qui parlait d’une origine germanique liée au peuple des Saxons, une origine complètement païenne. Le site aurait ainsi pu être un lieu de culte où se serait tenus les rites en l’honneur du vieux Dieu germanique Tuisto, et de son pendant dans le panthéon classique, le Dieu Tiwaz (Tius).

L'Irminsul
Le sommet d’un de ces rochers aurait également été le socle d’un objet de culte païen, un arbre cosmique représentant le centre du monde, un genre de colonne sacrée soutenant la voûte céleste. Tout ceci semble être confirmé en 1560 par le théologue protestant et historien Hermann Hammelmann, qui écrivit que le site était un ancien lieu sacré païen des Saxons dont Charlemagne, après sa victoire en 772, se serait chargé de le reconvertir en un lieu chrétien. Cet argument semble plutôt bien tenir la route lorsqu’on sait qu’en effet les Saxons fidèles à leurs Dieux païens et à leur Irminsul, leur arbre cosmique, avaient plusieurs sites sacrés dans la région qui étaient consacrés à leurs anciens rites. Il semble fort logique qu’un site aussi imposant que les Externsteine n’ait pas laissé indifférent les Saxons et leur sensibilité aux forces de la nature. Il faut ici rappeler qu’une terrible guerre opposa durant plusieurs décennies deux peuples germaniques : les Saxons païens et les Francs chrétiens. Les Saxons sous la conduite de Widukind tentèrent jusqu’au bout de sauvegarder l’héritage de leurs ancêtres et de préserver ainsi leur identité païenne face aux appétits de conquête de Karl der Große (Charlemagne) accompagné de ses armées et de ses hordes de prêtres chrétiens ayant une grosse envie d’accomplir les dogmes bibliques qui leurs commandent d’évangéliser ou de détruire les idolâtres (les païens). Aucune trace de l’ancien culte ne devait survivre car tout n’est qu’engeance du diable. Un des commandements de la bible est celui qui dit qu’il est le seul dieu et qu’aucun autre Dieu ne doit recevoir de culte, car les autres seraient de faux Dieux et que lui seul serait le dieu unique et véritable, le dieu d’Israël comme il se définit lui-même dans la bible. Il se définit dans le même livre comme un dieu jaloux et qui maudit sur plusieurs générations tous ceux qui se détournent de lui. Il n’oublie pas non plus d’ordonner à son peuple élu de détruire tous les temples des ignobles idolâtres, qui, avec leurs rites, sont une abomination aux yeux de l’éternel, le dieu soit disant d’amour… Ce sont des passages bibliques en effet que Karolus Magnus (Charlemagne) n’oublia jamais et que ses sinistres sbires en soutane surent mettre en pratique d’une forme très sanglante. La longue guerre entre Saxons et Francs coûta en effet la vie à quelques 70.000 Saxons dont quelques 4.500 nobles se rendirent célèbres à Verden en préférant être décapités plutôt que de renier l’ancien culte hérité de leurs pères. Tout ce contexte historique pourrait donc bien être celui qui entoura les origines des Externsteine. C’est ce que nous tenterons de voir prochainement.

Mais avant de conclure cette introduction, il faut revenir sur l’aspect politique lié à ce site. Car très tôt le site a intéressé de hauts dignitaires du régime national-socialiste (NS pour abréger). Au-delà de toute considération purement politicienne, chose qui n’est pas l’objet de cette page, il faut savoir qu’Hitler, bien que pas vraiment emballé par l’idée, finit par autoriser des fouilles sur le site des Externsteine. Ces fouilles débuteront en 1934 sous la direction de l’archéologue Andrée, fervent tenant de l’origine païenne du site, le tout avec la bénédiction du Reichsführer SS Heinrich Himmler. Ces fouilles ne donneront que de maigres résultats, mais auront eu le grand avantage de réveiller un grand intérêt populaire et d’asseoir les bases solides d’une réflexion sur les origines.



Cet intérêt se retrouve dans des documentaires d’époque NS, Im Lande Widukinds (voir à partir de la minute 5 :30 pour les Externsteine). Les fouilles ainsi que l’étude du site passèrent rapidement sous la direction de la SS-Ahnenerbe, nom qui signifie «héritage des ancêtres», une section de la SS qui se dédiait exclusivement à l’étude de tout ce qui pouvait avoir un rapport avec les Germains et entre autres les anciennes traditions païennes de ceux-ci. Tout cet intérêt du régime NS pour les Externsteine laissa bien-sûr des traces dans la période de l’après-guerre, ce qui fit que le sujet du germanisme du site devint quelque chose de complètement tabou. Quiconque défendant l’origine païenne et germanique des Externsteine était alors soupçonné automatiquement d’être un sympathisant NS, et s’en suivit une véritable chasse aux sorcières dont certains aspects paranoïaques survivent encore de nos jours en Allemagne. Je parle volontairement de paranoïa car pour le site des Externsteine, le fanatisme des anti-NS de la post-guerre fut tout aussi dévastateur que certains excès antérieurs.

Hathuwolf Harson


mardi 18 mars 2014

Ostara - Fête de la résurrection de la nature


Ostara est une célébration de la religion naturelle dont le véritable sens a été, comme beaucoup d’autres, déviée par le christianisme. Ses racines ont été habilement camouflées et ses symboliques volées pour nous conduire à sa soi-disante vraie signification. Elle a fini par devenir la célèbre Pâques, jour de commémoration de la résurrection du Christ. Seulement, à cette date ce n’est pas le Christ qui renaît, c’est notre mère la Nature.

Cette fête est, comme son nom l’indique, celle de la déesse germanique Ostara, connue chez les anglo-saxons sous le nom d’Eostre, la déesse de la fertilité et de la terre reverdie, qui apporte la clarté de l’Aurore de l’année depuis le plein Est, là où se lève l’astre solaire. La date était à l’origine situé vers le 21 mars, date de l’équilibre entre le jour et la nuit : l’équinoxe de printemps. Les forces de croissance s’éveillent et mère Ostara est victorieuse sur l’hiver, la nature reverdit. Nous entrons dans la nouvelle saison claire de l’année, qui durera jusqu’à l’équinoxe d’automne. La saison printanière qui a commencé à se montrer aux alentours d’Imbolc avec la naissance des premiers perces-neiges, est à son point culminant.

Mais qu’en est-il des célèbres œufs, du lièvre et des cloches, utilisés lors de la fête de Pâques ?

L’œuf était en les temps anciens, parmi de nombreuses civilisations, le symbole du renouveau, de la recréation de la nature, et le lièvre était le symbole porteur de la fertilité. Le lièvre apporte l’œuf, ainsi tous deux apportent la renaissance de la Vie dans la Nature. La tradition veut que des œufs soient peints et utilisés lors du rituel puis offerts à la Terre-mère. Pour ce qui est des cloches, la symbolique vient du fait que pour marquer l’équinoxe et donc le renouveau de la vie, on sonnait à l’époque les glas dans tous les villages, pour réveiller symboliquement la Nature après son long sommeil hivernal.

Et aujourd’hui, que savent les gens du lièvre, des œuf et des cloches ? Ces grands symboles païens devenus marchandises de consommation de masse en chocolat. Plus grand-chose hélas…

Source : Aurore Païenne

Inweisheit - Prelude


vendredi 14 mars 2014

Symbolisme et origine de la Svastika, le plus ancien symbole des cultures indo-européennes

Je mets ici un article sur la svastika car je constate qu'il existe encore de nombreux préjugés concernant ce symbole païen remontant à la nuit des temps.

Le swastika, la svastika, le tétraskèle, la croix gammée, le fylfot, la roue solaire à 4 branches, nombreux sont les noms qui désignent ce symbole. Faut-il vraiment le présenter? Est-il seulement présentable ? Bien qu’elle puisse au premier abord paraître choquante, la réponse à ces deux questions est oui. Pour cela il faut clarifier d’entrée la situation historique de la svastika. Il est temps de réhabiliter ce symbole millénaire aux yeux du grand public car elle n'est pas une invention du XXè siècle; elle est aussi ancienne que les plus anciennes civilisations du monde. Les premières inscriptions de svastika furent trouvées en Ukraine sur des défenses de mammouth datées vers 10.000 ans avant notre ère. Comme quoi ça ne date pas d’hier…

Bien des cultures de par le monde en ont fait et en font usage : on la retrouve parmi la civilisation sumérienne, les cultures européennes durant leurs différents âges historiques, les civilisations amérindiennes, et parmi presque toutes les cultures asiatiques. De nos jours encore, il est un symbole sacré dans toute l’Asie où on le trouve associé en Inde au culte du Dieu Ganesh ou de Bouddha, et dans tout l’extrême Orient où il est considéré comme l’un des plus grands porte-bonheurs qui soit. À tel point que la croix rouge en extrême Orient est représentée très souvent par une svastika rouge au lieu d’une croix comme en Europe ou d’un croissant de lune dans les pays musulmans.


Il serait donc très injuste d’ignorer la véritable dimension historique de la croix gammée car nous sommes en présence d’un symbole vieux de plus de 12.000 ans. Cela fait moins d’un siècle que le svastika fut utilisé pour la première fois comme emblème politique. Ce signe fut, et continue d'être l’une des plus anciennes marques culturelles et religieuses des traditions païennes.

Nous avons vu que les Sumériens ont fait très tôt usage de ce symbole, cependant il est étrange de constater que les héritiers de cette culture sumérienne, les Assyriens et les Babyloniens, n’ont pas utilisé la svastika. Il en va de même pour la civilisation de l’ancienne Égypte où la svastika semble briller par son absence.


On la retrouve par contre dans toutes les civilisations d’origine indo-européenne : Hittites, Indo-Aryens, Indo-Iraniens, Perses, Grecs, Romains, Celtes, Germains, et Slaves. Mais contrairement à ce qu’avançait Guido Von List, chez les Germains et dans le reste du Nord de l’Europe, la svastika apparaît tardivement. Alors que dans le sud européen elle était très en vogue depuis l’âge du bronze et même depuis le néolithique. Dans le nord elle prend véritablement racine que durant l’âge de fer où il fut associé au Dieu Thor.


Après la christianisation des Vikings, il était souvent coutume de graver une svastika au centre des crucifix. Ce fait est typique de la phase de transition où l’on retrouve un fort mélange du symbolisme païen et chrétien. Mais là encore, le christianisme s’efforça de le faire disparaître car il le jugeait comme une réminiscence des cultes « idolâtres ».

Parmi les peuples pré-indo-européens, elle est surtout présente dans les cultures des Balkans, du centre de l’Europe comme l’Ukraine, et dans la civilisation de la vallée de l’Indus. À partir de cette dernière semble d’ailleurs s’opérer l’expansion vers tout le reste de l’Asie. Puis il existe en Europe un cas assez particulier qui est celui du pays basque, l’un des rares peuples pré-indo-européens à avoir maintenu sa culture et son identité au travers des âges. La svastika est le symbole par excellence des Basques ; son nom est le Lauburu (prononciation correcte : « Laoubourou »), qui vient de deux mots basques signifiant « quatre têtes ». 

Laoubourou basque lors d'une fête traditionnelle
Un autre indice intéressant concernant l’histoire de la svastika, est que l’on a pas de traces de cette dernière en Amérique avant l’arrivée des Espagnols. Bien que très présent parmi les cultures amérindiennes post-colombiennes, il serait donc possible que l’usage de ce symbole soit dû à une importation des colons européens.


Quant à la symbolique proprement dite du svastika, elle rejoint complètement celle de la Roue Solaire à deux axes (4 branches). Ci-dessous se trouve l'article concernant la roue solaire. La croix gammée est donc un symbole solaire en connexion étroite avec les quatre points cardinaux et les quatre saisons marquées par les solstices d’été et d’hiver ainsi que les équinoxes de printemps et d’automne. Ce dernier détail a son importance car il est la preuve que ce symbole a dû naître dans une région fortement influencée par les quatre saisons ; ce qui exclut logiquement les régions tropicales ou équatoriales qui ont un rythme saisonnier très différent. De plus, bien des mythes solaires comme en Grèce ou en Inde l’associent au symbolisme polaire. Dans le monde spirituel la svastika a semble-t-il remplacé la Roue Solaire afin de mettre encore plus l’accent sur l’aspect giratoire. Le mouvement cyclique est symbole de vie, et il est généré par le centre, le pôle cosmique, représentant l’axe immuable qui est garant de l’ordre naturel des choses et de la résorption cyclique. Quel que soit le sens dans lequel le svastika est placé, il est toujours en équilibre parfait. Il est synonyme de lutte contre les forces du chaos et de la dissolution, il est la maîtrise de l’espace et la maîtrise de soi-même. De nos jours, il existe une interprétation erronée quant au sens giratoire de la croix gammée. Il est coutume de croire que tournée vers la gauche, croix sénestrogyre, elle serait bénéfique, et tournée vers la droite, croix dextrogyre, elle serait un signe maléfique. Cette explication est née après la seconde guerre mondiale et n’a aucun fondement historique. Les deux sens giratoires du svastika sont aussi bénéfiques l’un que l’autre ; les inscriptions attestent bien que quel que soit le sens donné, le symbole reste le même. La seule explication plausible serait que dans un sens il représenterait la phase ascendante des forces solaires du solstice d’hiver au solstice d’été, et que dans l’autre sens il exprimerait la phase descendante du solstice d’été au solstice d’hiver. Mais même dans ce cas, il n’existe aucune notion de Bien ou de Mal, car les deux phases s’inscrivent dans un seul et même rythme cyclique du soleil. Le Bien absolu et le Mal absolu sont d’ailleurs des conceptions étrangères aux traditions païennes dont est issu la svastika. Ces conceptions absolutistes sont nées avec les monothéismes, les religions à dieu unique.


Symbolisme de la Roue Solaire

La Roue Solaire est une évolution majeure du symbole solaire primitif qu’est le cercle. Les deux axes sont orientés vers les quatre points cardinaux formant ainsi la base de tous les signes d’orientation. C’est celui-là même qui forme par exemple une boussole marquant le Nord dans sa partie supérieure. Mais bien avant l’invention de la boussole, ce symbole solaire était présent dans toutes les cultures européennes surtout depuis l’âge du bronze. Cette lointaine époque nous a légué entre autres de très nombreuses roches gravées en Scandinavie couvertes d’un nombre impressionnant de ces roues solaires. Et bien d’autres cultures païennes de par le monde ont également fait usage de ce symbole. Mais avant de nous plonger dans les mystères de la roue solaire, voyons d’abord certains aspects liés à la notion même d’orientation. L’orientation implique trois éléments de base : l’orientation du sujet par rapport à lui-même qui est marquée par le point central, l’orientation dans l’espace par rapport aux points cardinaux terrestres marquée elle par l’axe Est-Ouest désignant les levers et couchers du soleil, et puis l’orientation par rapport aux points cardinaux célestes marquée par l’axe Nord-Sud. La roue solaire véhicule donc une véritable synthèse de l’orientation dans tous les sens du terme.

Elle ne nous oriente pas uniquement dans l’espace, mais aussi dans le temps au travers de l’année solaire. Car en effet cette roue sacrée marque quatre fêtes païennes très importantes qui sont celles des solstices d’hiver et d’été, et les équinoxes d’automne et du printemps. Ces fêtes ne sont pas uniquement agricoles, elles ont eu par le passé un caractère hautement religieux pour nos ancêtres polythéistes.

Célébration de Yule (Solstice d'hiver)

Le solstice d’hiver, repris et déformé par le christianisme en faisant de lui la fête de Noël, marque le moment de l’année lorsque Dame-Nature reprend son souffle ouvrant ainsi les portes de la nouvelle année après une période de 12 nuits sacrées. Les journées redeviennent plus longues promettant ainsi la venue de jours meilleurs et le retour du soleil. Les romains célébraient entre autres le culte au Dieu solaire Mitra qui chaque année renaissait le 25 décembre comme l’enfant –soleil, désignant cette date comme celle du Sol Invictus, le soleil invaincu. Juste avant les romains célébraient les Saturnales, moment où il était coutume de se faire des cadeaux. Cette période se terminait par la fête et le culte au Dieu Janus, le Dieu bicéphale portant une clé dans une main. Ce Dieu, qui a donné son nom au mois de Janvier, était celui qui fermait et ouvrait les portes de la nouvelle année solaire. Ce moment de l’année était tellement ancré dans toutes les cultures païennes d’Europe, que le christianisme ne put jamais en venir à bout et termina au IVè siècle de notre ère par l’intégrer dans son calendrier en inventant la date de naissance de leur christ afin d’effacer le souvenir du Soleil Invaincu.

L’équinoxe de printemps, marquant le retour des beaux jours, était le moment de l’année dédié à la fécondité et à l’amour. Les plantes repoussent à nouveau, les démons de l’hiver sont chassés, la promesse de champs fertiles emplie les cœurs de tous les gens, les fleurs inondent les prés de mille couleurs, les couples se forment et s’unissent par le charme ancestral lié à la magie du printemps. Tout grandit et se remet à croître. C’est la célébration de la renaissance de la vie après la pause hivernale. Les Germains rendaient culte à la Déesse Ostara, Déesse qui donna son nom à la fête de « Ostern / Easter » (Pâques). Et tout logiquement, cette période pendant laquelle les jours et les nuits sont de même durée, était l’occasion de célébrer l’union amoureuse et sexuelle du Père-Ciel avec la Terre-Mère, union qui neuf mois plus tard, pendant le solstice d’hiver, donnera naissance à l’enfant-soleil.


Le solstice d’été, moment où le soleil se trouve à son apogée, marquait pour nos ancêtres cet instant magique pendant lequel les forces solaires sont au plus fort de leur vitalité. La nature resplendit de toute sa puissance et rayonne d’une clarté inégalable. L’été apporte avec lui la chaleur, la joie, l’abondance, éléments qui de nos jours encore envoûtent tous les vacanciers en quête du bonheur estival. Mais le solstice d’été est un moment paradoxal de l’année, car au même moment où le soleil se trouve à son point le plus culminant et où l’on chante la victoire des puissances solaires sur les forces obscures de l’hiver, le soleil annonce déjà le destin inéluctable de sa course cyclique et du déclin qui l’attend. Car en effet les journées, tout doucement, vont commencer à partir de cette date à décroître, la lumière diurne se réduit inexorablement et prend le chemin du crépuscule des Dieux. Chez les Germains il était d’usage d’enflammer de grandes roues solaires et de leur faire dévaler des pentes, ce qui symbolisait l’aspect fécondant du soleil mais aussi son déclin annoncé. Sinon, bien des rites ont entouré le solstice d’été et l’entourent encore. Dans les pays baltes où le paganisme est encore très vivant, le solstice d’été est une véritable fête nationale. Les gens se coiffent de couronnes en feuilles de chêne symbolisant ainsi le soleil sacré, puis dansent et chantent autour de grands feux. Ces feux se retrouvent dans toute l’Europe où les peuples célèbrent les joies liées au jour le plus long de l’année. Les danses en rond tout comme les feux sont autant d’hymnes au symbolisme solaire. Le christianisme là aussi s’empressa de détourner le sens de cette célébration en faisant d’elle la St-Jean. La fête des Feux de la St-Jean depuis quelques décennies a heureusement une très nette tendance à retrouver ses racines païennes. Un cas flagrant sont les Focs de la San Joan en Roussillon. Cette fête est bien-sûr intimement liée non à un quelconque saint chrétien, mais au Dieu solaire de toutes les traditions païennes d’Europe : Apollon chez les Grecs, Bélénos / Lugh chez les Celtes, Balder dans la tradition germano-nordique, Abélio chez les Celtibères, Dazbog chez les Slaves. Il faut tout de même préciser ici que dans le cas celte, les 4 fêtes majeures sont décalées dans le calendrier, ce qui génère parfois quelques confusions.
 

Mabon : équinoxe d’automne

La quatrième fête enfin est celle de l’équinoxe d’automne, qui elle aussi est un peu paradoxale. Elle marque d’un côté l’abondance car c’est le moment où l’on remerciait les Dieux pour les bonnes récoltes, et d’un autre côté cette fête marque le déclin des jours et du soleil dans sa course cyclique. L’abondance de cette fête se retrouve par exemple dans le Erntedankfest allemand où l’on remercie dieu pour les bonnes récoltes. Également dans ce cas, le couvert chrétien est très mince, et il suffit de gratter un peu pour retrouver le fond originel de la célébration. Quant au soleil qui décline, il suffit d’observer Dame Nature pour se rendre compte que les jours se réduisent, que les feuilles tombent des arbres, que grand nombre de plantes meurent, et que le froid se fait à nouveau sentir. La mort est au bout de ce chemin, c’est l’époque où les portes de l’au-delà s’ouvrent, où l’on craint les revenants. Lors de la Chasse Sauvage le Dieu Wodan chevauchant Sleipnir traverse le ciel tourmenté d’automne accompagné de tous les guerriers morts au combat. Mais la mort n’est pas définitive, car selon un vieil adage païen il est dit qu’il faut mourir pour renaître, tout comme l’arbre ne meurt qu’en apparence afin de renaître au printemps suivant. Ainsi s’accomplit un tour complet de notre Roue Solaire.

Cette Roue Solaire cache également un autre principe fondamental qui fut étudié par un grand philosophe tel que Heidegger. Ce principe est celui du Devenir et de l’Être. L’axe horizontal du symbole représente en effet le Devenir, c’est-à-dire tout ce qui est changeant et soumis aux caprices du temps. L’aspect matériel est inclus dans cette notion, comme par exemple le corps physique qui est l’expression du Devenir, celui qui naît, grandit, et finalement disparaît. Tandis que l’axe vertical représente l’Être, c’est-à-dire l’aspect non-changeant, immuable, la force spirituelle qui émane de toute vie. Mais contrairement aux monothéismes qui ont toujours tenté de séparer ces deux notions de corps et d’esprit, la sagesse païenne se reflète dans la symbolique de la Roue Solaire en démontrant que le Devenir et l’Être sont deux conceptions inséparables qui sont imbriqués l’une dans l’autre, qui s’interpénètrent en quelque sorte.

Selon certaines autres explications, l’axe horizontal serait de nature féminine, alors que l’axe vertical serait de nature masculine. L’image de ce symbolisme est de caractère plutôt sexuel et recoupe les autres symboles rattachés aux axes de la Roue Solaire que nous avons vu ci-dessus. Les 4 extrémités de la Roue Solaire quant-à elles nous renvoient au symbolisme lié à ce chiffre 4 qui est intimement lié à la terre. Le cercle représentant le soleil et le 4 la terre, nous sommes donc encore une fois en présence de l’union symbolique du soleil et de la terre.

Précisons au passage que ce symbole est souvent désigné comme «croix celtique», mot qui devrait être employé avec prudence pour plusieurs raisons :
  • Ce symbole est loin d’être uniquement celte, et comme nous l’avons déjà précisé, il se retrouve dans toutes les cultures païennes d’Europe et d’ailleurs.
  • La croix celtique à proprement parler désigne en fait une évolution chrétienne de la Roue Solaire dont les axes dépassent le cercle et dont le tout rappelle fortement le crucifix chrétien, même si dans ce cas la symbolique païenne et chrétienne se sont mélangées.

En conclusion on peut dire que ce symbole millénaire englobe tous les aspects liés aux cycles solaires, à l’éternel recommencement, au rythme naturel des éléments célestes en équilibre avec les éléments terrestres, et à l’harmonie parfaite entre toutes les forces garantes de l’ordre cosmique.

Hathuwolf Harson