« L'expression la plus simple du nationalisme est la défense de la Terre et du Sang.
Quel homme digne de ce nom ne défendrait pas sa famille ni son habitat ?
Alors le nationalisme étend cette vision de la famille à son peuple et celui de son habitat à sa nation ! »
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jeudi 18 septembre 2014

France profonde - Le mystère géologique de la forêt de Fontainebleau

Sans le savoir, tous les dimanches, des milliers de promeneurs de la forêt de Fontainebleau passent peut-être devant les vestiges d’une civilisation inconnue. La forêt de Fontainebleau est l'une des plus grandes et plus belles forêts de France, elle s'étend sur 17 702 ha, auxquels il faut ajouter les 3 300 ha de la forêt domaniale des Trois Pignons. Entre les arbres et les rochers aux formes fantastiques, on peut sentir cette atmosphère magique. Le mystère de la forêt de Fontainebleau a fait l’objet d’une vive controverse. La question se pose toujours : Fontainebleau a-t-il été le centre d’une ancienne civilisation inconnue ?


"Celui qui ne croit pas à l'intelligence de la nature et des choses, celui qui ne croit pas au langage des pierres, du bois et de l'eau, est un être-matière borné dans ses perceptions et ses sensations subtiles ; il est irrémédiablement condamné à l'épais et au dehors."
Robert Charroux

La thèse du Petrimundo

Cette citation est l'introduction d'un chapitre que Robert Charroux consacre à ce qu'il appelle le "Petrimundo", un monde pétrifié, très ancien, où la nature préfigure le monde vivant à travers une débauche de formes animales et humaines. Le Petrimundo c'est "le miracle des rochers zoomorphes et anthropomorphes de France, du Pérou, du Brésil et de Roumanie." On peut y ajouter aussi ceux de l'Inde ou d'Afrique.


Il est vrai que certains rochers ont parfois des formes singulières, où le promeneur ne peut s'empêcher de reconnaître des animaux ou des têtes humaines. Mais n'avons-nous pas tous joué à trouver des formes animales au hasard des nuages ? Un test psychologique célèbre, le test de la tache d'encre ou test de Rorschach, repose précisément sur la capacité d'association automatique qui nous pousse à reconnaître une forme familière dans un tracé dû au seul hasard.

Certes, répondrait Charroux qui n'ignorait pas le phénomène. Mais le hasard a bon dos, s'il existe. Le hasard seul ne peut expliquer la profusion de formes animales qu'adoptent les rochers d'un certain lieu.

"Plus que tous les autres, le site de Fontainebleau est un parc zoologique abritant une incroyable variété d'animaux. On y trouve, en pleine liberté, mais minéralisés en quelque sorte, des singes, des rhinocéros, des serpents volants, des oiseaux, des dinosaures, des crapauds, des félins, des agneaux, des ours, des hippopotames, des tortues, des cachalots, des otaries, des hiboux, des éléphants, etc. Et aussi un sphinx et des têtes humaines merveilleusement sculptées."


Il est vrai qu'à parcourir le Val d'Apremont, les Gorges de Franchard (point culminant de la forêt), le massif des Trois-Pignons, le Bas-Bréau, ou d'autres lieux comme les environs de la Mare aux Fées sur la route de Bourron-Marlotte, on ne peut cacher son émerveillement. A chaque pas, un nouvel amas rocheux retient notre attention. Certains ensembles, juchés sur des hauteurs, figurent des châteaux héroïques. D'autres, abrupts et menaçants au flanc d'une pente raide, évoquent les titans et les géants antiques.

Mais les plus étonnants sont rassemblés en ménagerie d'animaux immobiles. Comme par hasrd, ces lieux-là sont les plus puissants en terme géobiologique. Durant plusieurs années, Edith Guérin a étudié et photographié le site : "Est-ce l'effet du hasard si ces rochers insolites sont groupés comme s'ils avaient appartenu à d'anciens centres rituels, notamment dans les gorges et le chaos d'Apremont ?"


Charroux tente de répondre : 

« Deux hypothèses peuvent expliquer le petrimundo de Fontainebleau : caprice de la nature et travail des hommes de la préhistoire. Incontestablement, la seconde proposition doit être éliminée, car le rocher, de grès très dur, porte encore son écorce naturelle, du temps où elle (sic) se solidifia à l'air libre, il y a environ trente millions d'années. La première proposition, a priori, n'est pas satisfaisante.

Car le calcul des probabilités qui expliquerait les représentations zoomorphes les plus simples : otaries, serpents, tortues, n'autorise pas un caprice qui porterait sur l'enfantement de trois éléphants, avec leur trompe, leurs yeux, leur queue, leur corps et leurs pattes. Force est donc de revenir à la thèse de la volonté consciente de la Nature de procréer, c'est à dire de s'essayer à l'ébauche des formes futures de sa création la plus élaborée.

C'est l'explication la plus rationnelle, quelle que soit son apparence incroyable et miraculeuse. Le petrimundo de Fontainebleau est, à notre point de vue, la manifestation de l'intelligence de la matière. »

La thèse de Charroux paraît audacieuse, elle l'était moins à l'époque : n'oublions pas qu'il écrivait voilà cinquante ans. On mesure ainsi combien le concept de rationnel a évolué depuis cette époque de l'après-guerre. (En savoir plus)

Ancien centre civilisationnel ?

Le passé géologique de la forêt reste assez mal connu. Son passé historique encore plus. Jusqu’à vers 1830, l’ensemble du massif n’était qu’une énorme tache blanche sur la carte de l’Ile-de-France. On ne fréquentait alors que les abords de l’antique « forêt de Bière », ancien nom du lieu. Même les brigands, qui échappaient là aux gendarmes royaux, hésitaient à s’enfoncer dans cette immense forêt.

Des légendes circulaient sur des habitants mystérieux qui hantaient la forêt. On disait que le Grand Veneur ou le Chasseur Noir veillaient. Gare à qui les rencontrait sur son passage ! Ils étaient toujours accompagnés d’une meute de chiens diaboliques.

Bien évidemment, ces légendes écartaient curieux et promeneurs, à une époque, où la nature et la faune qui l’habitait étaient méconnues et considérées comme dangereuses.

Étude des grottes de Fontainebleau

Ce que l’on sait c’est que pendant plusieurs dizaines de milliers d’années, des hommes ont habité certaines grottes de la forêt. Ils y ont tracé de nombreuses figures et des signes qui continuent à poser des problèmes aux préhistoriens.


Ces signes s’échelonneraient, selon J.-L. Baudet, le chercheur qui les a le mieux étudiés, sur une période qui couvre près de 30 000 ans, de l’interglaciaire riss-würm jusqu’à l’âge de fer. Les plus anciens signes sont très frustres : de simples lignes abstraites marquées dans le grès des rochers.


Les plus récents représentent des figures humaines ou animales, ainsi que des symboles plus élaborés, dont la signification exacte nous échappe. Les spécialistes ont noté une ressemblance entre plusieurs de ces figures et celles trouvées dans d’autres sites préhistoriques énigmatiques.

Une écriture mystérieuse

On a également trouvé quelques tombes néolithiques au cœur de Fontainebleau. L’une d’elles est surmontée de blocs en forme de gisants. S’agit-il de blocs naturels ou aménagés par l’homme ? Cette tombe a livré plusieurs petites sculptures de pierre. Elle a été fouillée au début des années 60 par le poète et archéologue amateur Robert Ganzo.


Les sculptures ont été contestées par les chercheurs officiels qui les considèrent comme de simples fantaisies de la nature. Pourtant, il est à souligner que d’autres vestiges néolithiques ont été mis au jour autour de Fontainebleau. De plus, certaines tablettes, retrouvées par R. Ganzo, dans une des tombes posent un problème archéologique considérable. En effet, ces tablettes étaient recouvertes d’idéogrammes qui évoquent irrésistiblement une écriture.

Quelques pétroglyphes du massif de Fontainebleau dessinés par Georges Nelh
(Initiation à l’Art rupestre du Massif de Fontainebleau, 1988)

Ce qui est officiellement impossible. L’écriture est née officiellement bien plus tard, au Proche-Orient. A notre connaissance, les premiers écrits sont apparus à Sumer vers 3 300 avant notre ère. On inscrivait des pictogrammes sur des tablettes d’argile. Vers 3000 avant notre ère, les signes se transformèrent en suites de traits : l’écriture cunéiforme.

L'écriture Hittite pictographique a été créée aux environs de 1500 avant notre ère. Pourtant, il existe plusieurs autres exemples d’écritures préhistoriques, antérieures aux civilisations du Proche-Orient. L’énigme de Glozel, dans la haute Loire française, est une des plus controversées.

Ecriture hiéroglyphique hittite
provenant de Karkemish
(Ankara, Musée Hittite).
Dinosoria
Les tablettes de Tartarie, datées de 4000 ans avant notre ère, sont un autre sujet de controverse. En effet, ces tablettes ont été retrouvées en Transylvanie. Cela laisserait donc supposer que l’écriture n’est pas née en Mésopotamie, berceau de la civilisation de Sumer, mais au cœur des steppes de l’Europe orientale.

La communauté scientifique argue que la datation au carbone est tout simplement erronée.

Il y a une certaine ressemblance entre les idéogrammes de Fontainebleau et les caractères laissés par la civilisation hittite.

Faut-il pour autant faire des anciens habitants du massif de Fontainebleau les ancêtres des tribus qui sont parties coloniser l’Orient ?

Tablette de Tartarie (Museum of History of Transylvania, Cluj-Napoca, Roumanie)

Les rochers de Fontainebleau

Ce sont sans doute les plus visibles et étranges vestiges du passé de Fontainebleau. Il est difficile de ne pas s’interroger sur leurs formes. Là encore, la question se pose : ces rochers ont-ils été taillés par l’homme ou par la nature ? On peut observer une exactitude figurative vraiment surprenante pour certains rochers. Certains reproduisent une otarie, un éléphant, des tortues géantes, un oiseau de proie …

Est-ce l’érosion naturelle qui s’est exercée au long des millénaires sur les formations rocheuses en grès ? A notre connaissance, aucun de ces animaux, n’a évolué dans cette partie du monde, même à une époque lointaine. Mais que sait-on vraiment du passé de notre planète ?

Nos ancêtres, dans les grottes, peignaient leur quotidien et les animaux qui les entouraient. Cette mystérieuse civilisation n’a-t-elle pas tout simplement voulu, elle aussi, retranscrire les animaux de la vie quotidienne ? Il y a un peu trop de coïncidences et de fantaisies de la nature dans toute cette affaire. Fontainebleau attend toujours que l’on veuille bien se pencher sur son passé.

Peut-être qu’un jour, Fontainebleau deviendra le Stonehenge français.

V. Battaglia (23.03.2006)

mercredi 23 juillet 2014

France profonde - A la recherche des vouivres jurassiennes


La vouivre et son escarboucle
Les folkloristes qui, à partir du XIXe siècle, se sont attelés à un minutieux travail de sauvetage des légendes et traditions populaires l'ont sans cesse rencontrée : la vouivre était alors, de loin, l'être le plus ancré dans les croyances et, même si les enfants sont plus attirés par la télévision que par les récits ancestraux, bien des grands-parents pourraient, aujourd'hui encore, leur conter d'étranges histoires. Devenue personnage littéraire avec Louis Pergaud et Marcel Aymé, sujet artistique ou thème de spectacle, cet animal fantastique hante toujours les montagnes du Jura, s'aventurant parfois dans les contrées limitrophes, de la Bourgogne à la Suisse et à la Savoie...

"Dans le ciel étoilée, elle volait gaiement,
De châteaux en donjons tout à son agrément,
Aux ruisseaux, aux fontaines, elle aimait s'abreuver,
Et aux fleuves limpides souvent elle s'est baignée.
Mais la belle escarboucle brillant à son front,
Attisa la rancoeur du pauvre Montagnon,
Belle vouivre dorée, mon âme pleure encore,
Pour ce triste manant qui a voulu ta mort ...
L'histoire nous l'a dit, peu de jours il vécut,
De ton oeil qu'il vendit, tira bien mille écus,
Qui tournèrent matin en mille éclats de buis ...
Belle vouivre dorée, reviens nous cette nuit !"


La vouivre : femme ou serpent ?

Son nom même - issu du celte par l'intermédiaire du latin vipera, qui veut dire serpent, ou du franc vouibre, femme - traduit bien sa double nature : c'est, selon les lieux, un serpent, un serpent de feu ou une femme-serpent, dont la taille varie entre quelques pieds et quelques mètres. Mais sa caractéristique immuable est de porter au milieu du front une énorme pierre, appelée escarboucle, et qui brille d'un tel éclat que, volant la nuit, la vouivre laisse derrière elle comme une traînée de feu. Plus précieuse que toute autre, cette pierre a des vertus magiques: qui la possède comprendra le langage des oiseaux, soignera tous ceux qui l'approcheront et verra l'or à travers la terre ...


La vouivre est un être plutôt casanier. Elle habite généralement sous terre, dans un trou ou une grotte, voire dans les oubliettes de quelque vieux château dont elle garde jalousement les trésors, et en sort le soir, à heure fixe, pour aller se désaltérer et se baigner. Car elle aime l'eau : rivière tranquille vagabondant entre les saules, étang paisible au milieu des bois, source fraîche ou fontaine de village, elle a son coin bien à elle, qu'elle fréquente à l'abri des regards, prenant toujours la précaution de cacher son irremplaçable escarboucle sous une pierre, de la mousse ou une touffe d'herbe avant d'entamer ses ébats aquatiques.

Mais le joyau attire bien des convoitises. Combien sont ils ceux qui, guettant le moment propice où la bête, tout à ses plaisirs, relâche son attention, ont tenté de s'en emparer pour s'assurer une existence sans souci ? On n'en connaît pas, en tout cas, à qui ce vol ait profité. La vouivre réagit toujours avec la plus extrême violence: il y va de sa propre survie. Malheur, alors, au maladroit que l'animal furieux va tailler en pièces. Quant aux autres, apparemment plus habiles, ils sont tôt ou tard victimes, dans le meilleur des cas, de déconvenues propres à leur faire regretter leur audace.

Sur les pas de la vouivre

Dole s'impose comme point de départ, même si son statut très sérieux de capitale économique du département en même temps que de ville d'art et d'histoire la détourne des légendes. L’Immense et magnifique futaie de la forêt de Chaux est à deux pas, qui devait pourtant bien héberger, aux siècles passés, d'étranges créatures. À l'orée de la forêt, la commanderie du Temple conserve jalousement une pierre sculptée d'un serpent à tête humaine qui serait une vouivre pétrifiée à la suite d'on ne sait quel maléfice.


Au lieu dit “le temple”, en 1132, il y avait une Commanderie des templiers, reste un bâtiment conventuels. Important prieuré fortifié. On dit qu’il est Hanté par la “Vouivre du Temple”. Les alentours sont hanté par des animaux mort depuis longtemps. Et toujours dans le même secteur, on peut voir dans la nuit du 15 aout un fantôme apparaitre.

À Villers-Robert, en tout cas, on est sûr d'en rencontrer une : elle prend ici la forme d'une sculpture de bois de Denis Chandona, érigée à l'occasion du trentième anniversaire de la mort de Marcel Aymé (1902-1967). Celui-ci, lui donnant les traits d'une jolie jeune femme aux cheveux parés de rubis et escortée de serpents, en avait fait le personnage principal d'un de ses romans.


Quelques kilomètres avant Arbois, Vous pouvez faire un petit détour par Vadans. Ici, dit-on, se cachait une pauvre vouivre qui n'était autre qu'une ancienne princesse, punie de son égoïsme par cette transformation. Curieusement, on ne connaît pas de vouivre à Arbois : La beauté du site, son charme et ses traditions viticoles n'incitent pas aux histoires sombres. À moins que l'ombre tutélaire de la Science – on est ici au pays de Pasteur - n'éloigne des divagations fantastiques. Tout près de là, pourtant, un site se serait bien prêté à de semblables légendes : celui de la reculée des Planches, avec sa grotte profonde, son château en ruine et les escarpements rocheux du cirque du Fer-à-Cheval.

Vous trouverez [ici] quelques grottes à explorer où, peut être, des vouivres nichent encore.

Histoires de vouivre
 
Il suffit, en fait, de pousser un peu vers le sud-est pour atteindre, au-delà de la forêt des Moidons, le village de Valempoulières: une tradition y plaçait une vouivre gardienne de château, croyance si forte qu'en 1808 trois fouilleurs persuadèrent bon nombre d'habitants de subventionner leurs recherches. Et chacun d'apporter ses économies, au grand dam du curé, sollicité pour sa part de pratiquer un exorcisme, ce qu'il refusa. Reparus un instant pour clamer leur effroi en exhibant de prétendues plaies sanglantes, les trois malins prirent le chemin de Dole pour se faire, dirent-ils, soigner dans un hôpital où nul de ne les vit jamais. La vouivre n'avait certainement pas livré de trésor, mais les villageois avaient perdu" leurs bas de laine ...

Quatre kilomètres nous séparent de Montrond, où une autre histoire de vouivre se termina beaucoup mieux. Un jeune téméraire qui s'était mis en tête de s'attaquer à la bête endormie ne dut son salut qu'à : une fuite éperdue. Trébuchant sur une touffe de chiendent, il décida de se vouer à la Vierge Marie et fut instantanément libéré des attaques du monstre, dont il commençait à sentir le souffle rauque sur son cou. Plus tard, il éleva un petit oratoire sur le lieu de sa délivrance. Et, depuis peu, le jardin du presbytère accueille une vouivre en bois peint sculptée par un artiste local.

Voir aussi ce reportage suisse : [ici]

mercredi 2 juillet 2014

France profonde - Le pèlerinage des sept collines sacrée de Bretagne

Ce sont sept petites collines qui dominent la terre bretonne d'ouest en est. Sept collines sacrées au sommet desquelles les druides, grands prêtres des tribus celtes, célébraient le Soleil et la Lune, invoquant les dieux et déesses celtes, Lug, Cernunos, Bélisama et Bélénos. On peut imaginer les immenses brasiers allumés au sommet des sept collines bretonnes, les nuits de solstice, comme autant de signes destinés à attirer la faveur des dieux. Aujourd'hui, certains voient une étrange croix bélénique dans l'alignement singulier reliant les sept collines. Hasard de la nature ou réalisation des peuples celtes eux-mêmes ?

Est-ce pour cela que ces collines, symboles du paganisme, furent christianisées ? Toujours est-il que des confréries de druides viennent encore s’y réunir. C'est à un voyage aux sources secrètes de la Bretagne mystique auquel je vous convie.


Notre aventure commence à l'extrême ouest.
Les étoiles rouges sont les collines sacrées.
Les losanges verts sont les points de passage notifiés dans l'article

Du Menez-Hom à Saint-Michel-de-Braspart

Première étape, le Menez-Hom (la colline sacrée, en breton), qui culmine à 330m d'altitude. Surgissant au-dessus de la baie de Douarnenez, le Menez-Hom fut voué à Bélénos, le dieu celtique du Soleil, il y a plus de deux mille ans.


Aujourd'hui, il présente un saisissant paysage lunaire, fait de roches nues jetées sur une lande mauve balayée jour et nuit par les rafales des grands vents d'ouest. La légende habite toujours ce haut lieu inspiré, car on raconte que c'est sur l'un de ses versants que se cacherait sous la bruyère le tombeau du roi Marc'h, roi mythique breton, mari d'Yseult la blonde, la célèbre maîtresse de Tristan. Au pied de la colline, les autorités chrétiennes construisirent au XVIIIe s. la chapelle Sainte-Marie du-Menez-Hom pour couvrir sans doute un site voué à la déesse des sources et lutter ainsi contre les croyances celtiques.


Rejoignez-le mont Saint-Michel-de-Braspart par Pleyben et Braspart. Ici, vous êtes sur l'un des hauts lieux mythiques de Bretagne. Nimbé de longues nappes de brouillard, le Menez-Mikael domine la tourbière du Yeun Ellez. On dit que le vent qui souffle entre les pierres porte les cris de souffrance des damnés.

Continuez en direction de Belle-Isle-en-Terre.

Le Menez-Bré, la montagne du sortilège

Haut lieu tellurique, le Menez-Bré est la petite montagne sacrée du Trégor. Couverte de landes, elle plonge son Histoire dans le mysticisme celte et chrétien. C'est en effet quelque part sous les herbes broussailleuses du Menez-Bré que serait enterré un druide célèbre dans la mémoire collective celtique, le druide Gwenc'hlan. Au milieu du XIXe siècle, l’abbé Guillermic, surnommé Tadig Koz (vieux petit père), y pratiquait des exorcismes hallucinants, grimpant pieds nus à son sommet les nuits de pleine lune, ordonnant aux démons de défiler devant lui pour, d'un simple jet d'eau bénite, les renvoyer en enfer.



Traversez, la Bretagne, du nord au sud, direction de Pontivy.

Le Mané-Guen, la montagne blanche

Dominant la vallée du Blavet de ses mamelons rocheux, le Mané-Guen et depuis les temps néolithiques un haut lieu sacré. C'est une montagne isolée, couverte de lande et d'ajoncs. Un vrai site druidique selon les traditions locales.


Ne manquez pas les pierres sacrificielles dispersées sur le flanc ouest de la colline. Certains érudits locaux, férus de celtisme, ont déclaré que les entailles qui traversent les pierres avaient été creusées pour y placer le corps des hommes destinés à être sacrifiés au dieu Lug. À l'opposé, les archéologues considèrent que ces entailles sont le résultat de la seule érosion. Comme souvent en Bretagne, les autorités catholiques ont édifié une chapelle au sommet de la colline (XVIIIe s.).

Aujourd'hui, le troisième dimanche de juillet, les landes du Mané-Guen résonnent des chants d'un pardon joyeux. Tard dans la nuit, assistez au fest-noz, où vous pourrez déguster du bœuf gros sel arrosé de chouchen.

Prolongez votre voyage en direction de Moncontour vers Bel-Air.

De Bel-Air au Mont-Dol

Point culminant du Méné (349 m), le Menez Bel-Air est peut-être la plus mystérieuse des sept collines sacrées. De son sommet, on découvre par temps clair la baie de Saint-Brieuc. Autour de la chapelle Notre-Dame rayonnent huit allées de hêtres représentant la course du soleil dans le ciel.

Notre-Dame du Mont Carmel nichée sur le Menez Bel-Air

Continuez vers Dol-de-Bretagne. Autrefois île, le Mont-Dol dresse aujourd'hui, au-dessus du marais de Dol, sa masse rocheuse de 65 m couverte de châtaigniers plusieurs fois centenaires. En dix minutes d'escalade, on atteint le sommet du promontoire, d'où l'on découvre l'un des panoramas les plus somptueux de Bretagne. Au nord, le marais de Dol et, plus loin, la mer aux vagues bleues et vertes; au sud, le bocage qui descend vers Combourg. Longtemps siège d'un culte celtique, le site fut le théâtre d'une lutte acharnée entre druides et ermites chrétiens, qui vit le triomphe du christianisme. On y voit encore, gravées dans la roche, les traces du combat légendaire qui opposa saint Michel à Satan.

Vue du versant sud, le Mont-Dol


Le Mont-Saint-Michel

Haut lieu de la spiritualité occidentale, le Mont-Saint-Michel est la dernière étape de votre voyage sacré, aux frontières de la Bretagne et de la Normandie. Ici, vous quittez la terre pour vous aventurer vers les îles bienheureuses. Protégé à la fois par Lug et par l'archange saint Michel, le Mont-Saint-Michel (appelé aussi Mont-Gargan dans les archives du XIIIe S.) est la synthèse des croyances celtes et chrétiennes.

Le Mont-Saint-Michel encerclé par la marée

mercredi 25 juin 2014

France profonde - Sorcellerie et guérison en Auvergne

L’Auvergne, ce sont les volcans, prairies, lacs et rivières, églises et châteaux. Cette alliance du feu, de l'eau et de a pierre a forgé l'âme d'un peuple. Si la recherche de l'équilibre entre l'homme et le cosmos a toujours été une préoccupation constante des sociétés traditionnelles, cela est particulièrement vrai en Auvergne. Le mode de vie qui en découle - l'écoute du plus humble élément naturel et la recherche de sa juste place - ne doit pas être considéré comme relevant de pratiques superstitieuses. Car plantes, animaux et pierres parlent à celui qui a des oreilles pour entendre.


Grandes pierres de saints dans le Velay

Venu de la nuit des temps, l'usage des pierres guérisseuses s'est perpétué jusqu'à nos jours sur les hauts plateaux du Velay et de l'Ardèche, non loin des sources de la Loire, au pied du mont Mézenc. 


En bordure du chemin allant de Velay à Chapey, ancien chemin gallo-romain on peut voir 5 monolithes, redressées en 1951. Ces pierres tumulaires en granit sculptées au nombre de 5 sont des stèles funéraires, vestiges de la civilisation celtique de l’époque. Dressées sur des tombes, ces stèles étaient sculptées et représentaient le défunt dont elles évoquaient la vie ou faisaient référence à une divinité locale. La présence de ces stèles permet d’affirmer l’occupation celtique de ces lieux et de dater cette occupation au Ve siècle avant J.C (En savoir plus).

Buste-reliquaire de Saint Théofrède
Au cœur du Velay, dans le trésor de l'abbatiale du Monastier-sur-Gazeille, est conservé le reliquaire de saint Théofrède, merveilleuse pièce d'orfèvrerie médiévale. À l'instar de saint Martin, cet infatigable évangélisateur arpentait les chemins antiques sans compter sa peine. De nombreuses pierres, dans la commune et dans les environs du Monastier, conservent ainsi une trace de son passage : le saint marqua de-ci de-là un bloc de rochers, y enfonçant son bâton, s'asseyant sur des lieux fort anciens, sanctifiant ainsi ce qui avait été de tout temps vénéré (En savoir plus et encore plus).

La chaire de saint Théofrède, poste d'observation, se tient au lieu dit. Le Mont, à la sortie du Monastier, en direction de Solignac-sur-Loire. Vous rencontrerez sans doute au cours de vos pérégrinations quelques anciens prêts à vous indiquer l'emplacement de ces rochers, qui ne sont mentionnés dans aucun guide. Des grandes pierres guérisseuses, il y en a à foison. Les usages se sont maintenus, quoique discrets, et c'est en vous armant de patience que vous vous ferez conduire à l'emplacement de la pierre de saint Maurice, dans les bois de la Griseyre, à Pigères (Pradelles), où se déroule un culte à peine christianisé pour aider les enfants à marcher.


Légende de la pierre de Saint-Maurice

A la Griseyre, près de Pigeyres, la pierre de Saint-Maurice passait pour guérir les enfants atteints d'affections plus ou moins graves des membres inférieurs. Elle est encore de nos jours l'objet d'une vénération religieuse.

Le lieu, isolé au milieu des bois éveille l'étrangeté de l'affaire, mais ce qui étonne plus encore, ce sont les dizaines de croix gravées sur l'écorce des arbres. Certains de leurs auteurs se sont même appliqués pour sculpter ces marques. Sont-elles, signes de leur passage, faites pour empreindre l'ultime espoir, l'éternelle reconnaissance ? Sont-elles le reflet d'un rituel ? Entre ces pins aux fûts verticaux, la pierre des miracles sommeille, presque entièrement enfoncée sous la mousse.

Mais si l'on en fait le tour, on s'aperçoit qu'à un endroit le sol se dérobe sous elle, faisant place à une cavité grande de toute sa surface. L'enfant malade, dit-on, doit y glisser les jambes afin qu'elles soient délivrées d'un handicap physique jugé parfois incurable. De bouche à oreille, la pierre de Saint-Maurice, surmontée de sa croix, se révèle être le socle du prodige. De l'endroit émane des ondes magiques ; il exerce aussi une attraction puissante puisque la pierre et lui s'attirent. Mais écoutez plutôt la légende.

Il y a fort longtemps, les paysans des villages, enracinés à leurs croyances comme l'arbre à la terre, décidèrent de transporter la pierre à Saint-Arcons, près du cimetière. Ils pensaient qu'elle serait plus accessible à cet emplacement qu'au fond d'un bois. Pour ce faire, on l'attela à deux énormes bœufs, mais arrivés près de la passerelle sous laquelle chantait la Méjanne, les bêtes s'arrêtèrent. On eut beau les pousser, les tirer à hue et à dia, rien à faire, les bœufs têtus comme des mules n'avancèrent pas plus. Que faire ? On décida d'abandonner la pierre et d'essayer de recommencer l'opération le lendemain.

Que se passa-t-il pendant la nuit ? Quelle force extra-naturelle influa ? Elle regagna sa place dans la clairière. Les villageois, songeant que seule une puissance divine avait pû accomplir pareille chose, vouèrent au roc sacré une vénération nouvelle, justifiée par leur grande foi et leur mentalité naïve.

La pierre de Saint-Maurice demeura dans l'antre des bois.
(En savoir plus) 

Petites pierres guérisseuses et protectrices

Des éléments minéraux sont également utilisés pour protéger les habitants des maisons contre toutes sortes de maux, pourvu qu'ils soient correctement disposés. Placés aux extrémités des faîtières de toiture, ils servent à éloigner la foudre et assurer la fécondité des hommes et des animaux. Dissimulées dans des endroits précis, sous le seuil d'entrée, dans la voûte du porche, dans la cheminée, la mangeoire. Les haches néolithiques permettent de rompre les sorts qu'un passant envieux aurait pu jeter sur la maisonnée.

Plus étonnant encore est l'usage dans ces régions de petites pierres guérisseuses, constituées en série, qui rassemblent des matériaux de diverses provenances que l'on peut classer en trois catégories de matériaux préhistoriques
  • Les haches néolithiques
  • Les fragments de bijoux celtiques (anneaux de verre)
  • Les pierres naturelles (variolites, galets de quartz, fossiles) 

Variolite, Quartz et fossile
Connues sous les appellations de pierres de tonnerre, pierres de serpents, pierres à venin ... D'autres pierres sont encore employées en fonction des règles d'analogie: les vertes guérissent les plaies infectées les maladies de la peau, les rouges stoppent les hémorragies, les blanches sont réservées aux nourrices, car elles favorisent les montées de lait.

Conservées dans des sacs, ces séries de pierres mises à tremper dans de l'eau pendant un temps plus ou moins long, variant de quinze minute à vingt-quatre heures, à moins qu'elles ne restent constamment immergées. Une part de l'eau est bue et le restant versé sur la plaie ou la partie malade. Le mal serait ainsi repoussé de l'intérieur du corps vers l'extérieur, puis éliminé par lavage. Ces pierres servent à guérir les morsures de serpent, piqûres d'insectes, affections causées par le venin des crapauds, le souffle des salamandres, ainsi que certaines maladies de la peau, tant chez les hommes que chez les animaux. Leur usage s'est maintenu jusqu'à nos jours dans plusieurs familles.

Vous en verrez à Moudeyres, dans la ferme des frères Perrel (En savoir plus), à Bigorre, à l'intérieur des chaumières du village, et surtout à Freycenet-la-Cuche, à l'exposition qui est consacrée à la médecine traditionnelle et aux croyances en Auvergne. (En savoir plus)
Autres pierres

Les pierres de la pigote sont préservées des regards indiscrets par leurs actuels détenteurs, présentées comme des trésors précieux dont l’origine reste mystérieuse. Avec de la patience, vous aurez peut-être la chance d’en entendre parler ou, mieux encore, de les voir. Pourtant, on considère encore parfois que le seul fait de les montrer à des étrangers pourrait en diminuer le pouvoir. De même faut-il éviter de les poser à même le sol.

Une pierre de la pigote (une variolite dans le cas présent)

Une croyance veut que ces pierres soient les restes fossiles de grands reptiles et autres animaux venimeux mintenant disparus (tête, queue, sections du corps), d'où leur mode de fonctionnement particulier. A moins que ce ne soient les serpents eux-mêmes, se réunissant parfois en des mêlées orgiaques, qui forment ces pierres à partir leur écume solidifiée. C'est du moins ce que vous entendrez au cours de conversations nocturnes, car il n'est pas bon de parler de ces choses en plein jour.

Saints protecteurs dans le Bourbonnais

En Bourbonnais, le dieu Borvo entretient le bouillonnement des sources. À Gannat (Allier) et dans ses environs, les dieux ont cédé la place aux saints intercesseurs, guérisseurs, mais aussi parfois facétieux, voire envoûtants. Eh oui, les saints sont parfois accusés de jeter des maléfices sur ceux qui les ont négligés. Car il existe des maladies causées par les saints que les devinaïres, ces femmes souvent veuves, ont le pouvoir d'identifier en vue de réparer l'outrage volontaire ou involontaire qui leur a été fait et qui a attiré leur courroux. S'ensuivent des pèlerinages propitiatoires. Et les saints protecteurs des vignes, comme saint Verny, font encore parfois les frais d'une trop grande sécheresse et finissent l'été les pieds dans la rivière.

Saint Eutrope. Martyre, apôtre de la Saintonges au IIIème Siècle.

Les saints font également office de guérisseurs. Dans ce cas, il s'agit d'effectuer un transfert de la maladie sur le saint lui-même ou par son intermédiaire. Il est généralement choisi en fonction d'analogies précises, telles que nom, mode de vie, fonction, détails du martyre. Ainsi, la Vierge Marie est invoquée en cas de stérilité féminine et de couches difficiles. Saint Eutrope soulage les enfants estropiés, saint Roch dissout les calculs, saint Foutin redonne la vigueur aux hommes et la fécondité aux femmes. Quant à saint Expedit, il règle tous les Problèmes et permet même... d'expédier ses ennemis ad patres. Pour cela les fidèles se rendent dans les églises, font brûler des cierges, plantent des aiguilles dans la base de la statue, raclent cette dernière, touchent les reliquaires ou déposent des rubans et des fragments de vêtements ayant été en contact avec le malade.

Les panseurs de secrets

Ce pays est aussi celui des panseurs de secrets, guérisseurs ayant reçu des conjurations, prières venues de la nuit des temps, transmises oralement de génération en génération. Œuvrant gratuitement pour le service de la communauté, le guérisseur devra les transmettre à son tour avant de mourir, sous peine d'emporter avec lui tous les péchés de la lignée, et de devoir rendre compte dans l'au-delà du bien comme du mal accompli par les ancêtres qui l'ont précédé (En savoir plus).